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Céline Masson dans Marianne : quand la neutralité sert à annuler le débat

Photo du rédacteur: La Petite Sirène
La Petite Sirène
il y a 5 heures
3 min de lecture

TRIBUNE · MARIANNE · 23 SEPTEMBRE 2026

Céline Masson, professeure des universités, co-directrice de l’Observatoire La Petite Sirène

Tribune publiée par Marianne. Publié le 23 septembre 2026. Compte rendu : OPS.

Céline Masson, professeure des universités et co-directrice de l’Observatoire, signe une tribune dans Marianne. Elle y part d’un fait précis, l’annulation par le Collège de France du colloque « L’enfant, cible des idéologies », pour poser une question plus large : à quelles conditions une institution savante peut-elle encore accueillir un débat contradictoire.


Un colloque accueilli, puis annulé

Le Collège de France n’organisait pas le colloque de l’Observatoire. Il avait accepté de l’accueillir, puis est revenu sur cet engagement sous la pression de l’opinion. Dans sa réponse, l’institution explique qu’après examen du programme, « certains éléments ne sont pas pleinement compatibles avec les principes de neutralité » qui s’imposent à elle.


Céline Masson relève l’ironie de la situation. Le colloque portait précisément sur les pressions idéologiques qui s’exercent sur l’éducation, la santé et la construction psychique de l’enfant. Son annulation en offre, écrit-elle, une illustration en acte.


Elle observe au passage qu’un principe présenté comme neutre peut être lui-même chargé d’idéologie, et que l’invocation d’une vertu suffit parfois à clore la discussion. Lorsque la contradiction devient impossible, ce n’est plus un principe, c’est une doctrine.


Ce que le Collège de France écrivait il y a vingt ans

L’argument de la tribune tient à un rapprochement de dates. En 2005, le Collège de France consacrait deux journées à un colloque intitulé « Croyance, raison et déraison », dont les actes ont été publiés l’année suivante.


Dans son propos liminaire, l’historien Gérard Fussman, alors titulaire d’une chaire au Collège de France, rappelait que les découvertes scientifiques se heurtent presque toujours aux croyances établies, de la théorie copernicienne au darwinisme en passant par les pratiques pastoriennes, et que ce heurt peut être violent. Il ajoutait que ce conflit se tranche dans le débat de société.


Vingt ans plus tard, note Céline Masson, c’est cette même institution qui refuse d’accueillir un colloque consacré aux effets des idéologies et des croyances sur l’enfant.


Le précédent Lyssenko

La tribune revient ensuite sur un cas que traitait l’un des articles de ce même ouvrage de 2006, sous la plume du paléontologue et biologiste Armand de Ricqlès : l’affaire Lyssenko.


Soutenu par Staline, l’agronome soviétique Trofim Lyssenko dirigea la biologie de son pays pendant une vingtaine d’années. Le lyssenkisme rejetait la génétique classique au profit d’une hérédité de type lamarckien, la transmission des caractères acquis, que ses partisans qualifiaient de « darwinisme soviétique actif ». Exporté en France en 1948, il devint un article de foi pour le Parti communiste français, plaçant les biologistes communistes français dans une position intenable.


Des travaux d’archives plus récents, ceux de l’historien Kirill Rossianov, ont établi l’implication personnelle de Staline, qui aurait annoté et corrigé de sa main le rapport de Lyssenko de 1948. Le pouvoir politique était donc intervenu directement sur le contenu scientifique lui-même. Ce qui aveugla les lyssenkistes français, souligne l’auteur cité par la tribune, relevait de la ferveur et de la confiance, c’est-à-dire de la croyance. L’un d’eux, physicien communiste, finit par le reconnaître : « Nous avons été mystifiés. »


De cette compromission avec l’idéologie et le pouvoir, conclut Céline Masson, certains scientifiques ont payé le prix de vingt années de progrès perdues, sans compter les savants maltraités ou tués.


La question que pose la tribune

Le texte se referme sur une interrogation adressée à l’université autant qu’à la démocratie : quelles limites épistémologiques poser pour que les croyances ne dévoient ni les mots, ni les idées, ni la science, sans pour autant brider la capacité de chacun à créer.


Céline Masson décrit une tenaille entre deux écueils. D’un côté le scientisme, un objectivisme total. De l’autre un sociologisme identitaire fondé sur le ressenti. Elle appelle à chercher une troisième voie, qu’elle nomme une rationalité créative non dogmatique, et qui permettrait de continuer à penser, à débattre et à créer.


Le colloque aura bien lieu

Le colloque « L’enfant, cible des idéologies » se tiendra le 16 octobre 2026 au Palais du Luxembourg, salle Clémenceau. Plusieurs semaines avant sa tenue, il affichait déjà complet.


Compte rendu rédigé par l’Observatoire La Petite Sirène (OPS) à partir de la tribune publiée par Marianne. Le texte intégral est à lire sur le site de Marianne. Article original : https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/par-leur-compromission-avec-l-ideologie-et-le-pouvoir-certains-scientifiques-ont-sacrifie-20-ans-de-progres.

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