

COLLOQUE 2026
L'enfant, cible des idéologies
Notre époque voue un culte à l’enfant, mais, derrière cette sacralisation, elle lui fait aussi porter le poids de tous ses échecs. Pour changer le monde, et régénérer l’humanité, il faudrait d’abord modifier l’enfant qui, bien qu’adulé, devient la cible privilégiée des idéologies et des manipulations en tout genre. On prétend le protéger, mais on l’empêche de grandir ; on prétend défendre son intérêt supérieur, mais on l’enferme dans son désir impérieux ; on prétend l’éduquer, mais on en vient à vouloir le reprogrammer.
La haine vertueuse de l’enfant constitue un oxymore révélateur d’un paradoxe contemporain : au nom du bien, de la protection et de l’écoute de l’enfant, on accorde une place démesurée à son désir, considéré comme souverain. Cette posture, qui se présente comme bienveillante et hyperprotectrice, est un renoncement à l’autorité émancipatrice. Incarnée par les adultes (parents, éducateurs, enseignants…) chargés de la transmission des vérités communes ou représentations collectives.
La haine vertueuse, socialement acceptable, est une perversion idéologisée, qui légitime des pratiques éducatives, psychologiques ou médicales niant les besoins, les temporalités psychiques et le statut spécifique de l’enfant, sujet en devenir. Au nom de certaines valeurs de tolérance, de progrès, d’inclusion, de lutte contre les discriminations, on fabrique un enfant, produit des fantasmes de l’adulte.

