Une tribune de Céline Masson, co-directrice de l'OPS, dans le Journal Marianne
- La Petite Sirène

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"La dysphorie de genre chez certains adolescents serait le symptôme d’une vulnérabilité psychologique importante"

Tribune
Par Céline Masson
Publié le 11/04/2026 à 8:00
Une étude menée en Finlande met en évidence le lien entre la transidentité chez les adolescents et leur santé mentale. Professeure des universités, co-directrice de l’Observatoire la Petite Sirène (OPS) et co-autrice avec Caroline Eliacheff du « Sermon d’Hippocrate » (éditions de l’Observatoire, 2025), Céline Masson décrypte les résultats de l'étude.
Une nouvelle étude finlandaise, menée par l’équipe de la professeure Riittakerttu Kaltiala, clinicienne et chercheuse reconnue internationalement pour ses travaux sur les adolescents en questionnement de genre, vient d’être publiée. Responsable, depuis 2011, du service d’évaluation des adolescents présentant une détresse liée au genre à l’Hôpital universitaire de Tampere, elle a très tôt attiré l’attention sur l’évolution du profil des jeunes adressés. Dès 2015, ses travaux mettent en évidence une augmentation marquée des demandes, ainsi qu’une inversion du sex-ratio, avec une majorité croissante de jeunes filles parmi les patients.
Cette étude rapporte que les transitions de genre médicales chez les jeunes (âgés de moins de 23 ans) n'ont pas amélioré les symptômes de santé mentale. Pour certains jeunes au contraire, ces interventions irréversibles ont même eu un impact négatif.
SANTÉ MENTALE
L’étude, publiée le 4 avril 2026 dans la revue Acta Paediatrica, s’appuie sur les données d’environ 2 100 jeunes Finlandais, des deux sexes, ayant consulté pour la première fois une clinique spécialisée avant l’âge de 23 ans, entre 1996 et 2019. Parmi eux, 38 % ont fait une transition médicale (hormones croisées et chirurgie, pour les filles une mastectomie).
Les résultats montrent que les adolescents orientés vers ces services à partir de 2010 présentent un état de santé mentale significativement plus altéré que ceux des cohortes antérieures. Par ailleurs, l’étude apporte des éléments en faveur de l’hypothèse – souvent contestée – selon laquelle, chez certains adolescents, la dysphorie de genre serait le symptôme d’une vulnérabilité psychologique importante. Dans cette perspective, l’identification trans pourrait, dans certains cas, être une solution à des problématiques psychologiques antérieures. Cette étude qui s’appuie sur un suivi national de plus de vingt ans, apporte des éléments précieux.
Premier enseignement : les adolescents adressés aux services spécialisés présentent des niveaux très élevés de souffrance psychique. Près d’un sur deux a déjà nécessité un suivi psychiatrique avant même toute prise en charge liée au genre, soit trois fois plus que dans la population générale. Ce constat, déjà documenté dans la littérature, est ici confirmé grâce à une méthodologie rigoureuse et une longue expérience clinique auprès de ces jeunes.
MALAISE PROFOND
Deuxième enseignement : ces besoins de soins ne disparaissent pas dans le temps. Au contraire, ils persistent, et parfois s’intensifient. Plus de 60 % de ces jeunes nécessitent un suivi psychiatrique. Autrement dit, la prise en charge de la dysphorie de genre ne saurait, à elle seule, répondre à la complexité des situations rencontrées. Troisième point, plus délicat : les interventions médicales de transition ne s’accompagnent pas, dans cette étude, d’une amélioration de la santé mentale. Les besoins en soins psychiatriques demeurent élevés, y compris après traitement, et peuvent dans certains cas augmenter.
Enfin, l’étude met en évidence une évolution du profil des adolescents concernés. Depuis les années 2010, la proportion de jeunes présentant des troubles psychiatriques avant leur orientation vers ces services a nettement augmenté et cela interroge. Que faire de ces constats ?
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Tenir compte de ces études dans les prochaines recommandations de bonnes pratiques de la HAS concernant les mineurs dits « trans » âgés de moins de 16 ans. La HAS a publié le 13 mars sur son site un « appel à manifestations d’intérêts ». Réaffirmer une exigence de prudence. Les décisions d’engager des traitements médicaux, irréversibles, doivent s’appuyer sur des évaluations fondées sur des preuves et sur le bon sens clinique. Redonner toute sa place à la santé mentale. Les troubles psychiatriques observés ne peuvent être considérés comme secondaires ou accessoires. Ils doivent être pris en charge en tant que tels, avec des moyens adaptés pour les adolescents en souffrance. Cette étude apporte une pierre de plus aux autres études notamment au rapport de la pédiatre Hilary Cass au Royaume-Uni. Enfin éviter les simplifications, se méfier des idéologies identitaires et essentialistes. Ne pas céder aux sirènes du bonheur. Ce n’est pas à coups d’hormones que l’on résout un malaise aussi profond.
LIGNE DE CRÊTE
La dysphorie de genre est une réalité clinique et pour certains sujets, une source de détresse. Toutefois, ce diagnostic a évolué et il est devenu, à l’instar d’autres diagnostics, un « spectre large ». Cette extension inclut des situations très différentes, parmi lesquelles des adolescents qui ne sont pas trans, mais expriment un malaise à l’égard de leur corps sexué. Ainsi, certaines jeunes filles expriment une insatisfaction liée des transformations pubertaires et pour cela disent qu’elles n’aiment pas leurs seins, leurs hanches et souhaitent changer de genre alors qu’elles aimeraient changer de corps.
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Ces positions ne procèdent ni d’un rejet ni d’un déni, et encore moins d’une quelconque position « d’extrême droite ». Une telle qualification relève moins de l’analyse que d’une stratégie de disqualification idéologique, combinant une confusion et, dans certains cas, un véritable sophisme de l’homme de paille consistant à caricaturer son adversaire afin de le rendre infréquentable.
Dans un débat fortement polarisé, cette ligne de crête est difficile à tenir, mais elle est indispensable. La peur ne saurait tenir lieu de cadre de pensée, et les formes d’intimidation doivent être clairement condamnées. L’histoire a montré combien les effets de sidération peuvent entraver la pensée et nuire à la compréhension des phénomènes complexes ; ils risquent d’être préjudiciables tant pour la recherche que pour les adolescents concernés.
DONNÉES SCIENTIFIQUES
Enfin, si la lutte contre les discriminations constitue une exigence éthique, elle ne doit pas empêcher une analyse rigoureuse des difficultés rencontrées par ces jeunes, ni faire obstacle à une compréhension clinique approfondie de leurs situations. Car derrière les controverses, il y a des adolescents et des familles qui attendent des réponses honnêtes et non des certitudes idéologiques, une médecine capable d’accueillir la complexité des situations cliniques.
Créé en 2021, l’Observatoire La Petite Sirène (Observatoire des discours idéologiques sur l’enfant et l’adolescent) a fait l’objet de nombreuses attaques pour avoir appelé à une vigilance accrue concernant la prise en charge des adolescents transidentifiés (pensant appartenir à l’autre sexe). À cette période, il était particulièrement difficile d’ouvrir un espace de réflexion sur ces questions sans s’exposer à des formes de disqualification ou d’invectives.
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Depuis, le débat s’est progressivement ouvert. Il est aujourd’hui possible et nécessaire de discuter des modalités de prise en charge des adolescents en questionnement de genre, notamment à l’aune de travaux récents comme ceux du Professeure Kaltiala. Plusieurs chercheurs de premier plan ont en effet non seulement exprimé des réserves, mais également mis en évidence les limites de cette médecine qualifiée de « transaffirmative », ce qui signifie que les médecins ne questionnent pas la demande du jeune mais ont convenu de l’accompagner. Certains de ces chercheurs, parmi lesquels Riittakerttu Kaltiala, avaient contribué dès les années 1990 à la mise en place de services spécialisés. Ils ont toutefois constaté, au fil du temps, une évolution notable du profil des patients, marquée notamment par l’augmentation du nombre d’adolescentes en difficulté avec leur corps.
Entre impératif de reconnaissance des identités au nom du progrès (résumé par les formules sloganiques suivantes « je suis ce que je dis » ou « ici, on peut être soi ») et nécessité de protéger des jeunes vulnérables, la médecine est sommée de répondre vite, parfois trop vite. Dans un tel contexte, les données scientifiques devraient faire consensus. Encore faut-il accepter de les regarder sans filtre ni œillères.


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