Exposition à une tentative de suicide dans son entourage : le risque de passage à l’acte multiplié par 2,8 chez les jeunes
- La Petite Sirène

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ÉTUDE · ÉTATS-UNIS · JAMA NETWORK OPEN
Kimberly J. Mitchell, Victoria Banyard
Article original publié dans JAMA Network Open. DOI : 10.1001/jamanetworkopen.2026.30409. Publié le 24 août 2026. © 2026 Mitchell KJ et al., JAMA Network Open, en accès libre sous licence CC BY-NC-ND. Compte rendu : OPS.
L’essentiel
Savoir qu’une personne de son entourage a fait une tentative de suicide est associé à un risque de passage à l’acte multiplié par 2,8 dans les deux années qui suivent, chez des adolescents et jeunes adultes qui n’en avaient jamais fait. Cette association persiste après prise en compte des symptômes dépressifs. En revanche, cette exposition n’est pas associée à l’apparition d’idées suicidaires. Les auteurs y voient un signal que le dépistage fondé sur les seuls symptômes ne capte pas.
Kimberly J. Mitchell (Crimes Against Children Research Center, université du New Hampshire) et Victoria Banyard (école de travail social, université Rutgers) ont publié le 24 août 2026 dans JAMA Network Open les résultats d’une cohorte longitudinale nationale américaine consacrée à ce que la littérature appelle la contagion suicidaire.
Ce que l’étude a mesuré
Les données proviennent de Project Lift Up, une enquête nationale ayant recruté 4 981 participants de 13 à 22 ans entre le 13 juin 2022 et le 30 octobre 2023, par publicités ciblées sur Facebook et Instagram. Trois vagues ont été exploitées : l’inclusion, puis un suivi à 12 et à 24 mois.
L’exposition était mesurée à chaque vague par une question simple : le participant connaissait-il quelqu’un ayant tenté de se donner la mort. La mesure ne distinguait pas la manière dont il l’avait appris, observation directe, confidence, ou information reçue en ligne.
L’analyse principale porte sur les 2 098 participants sans aucun antécédent de tentative au départ, soit 3 818 observations. Leur âge moyen était de 17,53 ans. 1 259 d’entre eux, soit 60,0 %, étaient assignés de sexe féminin à la naissance. Au départ, 725 participants, soit 34,6 %, déclaraient déjà avoir été exposés à une tentative dans leur entourage au cours de l’année écoulée.
Point méthodologique important : les modèles distinguent trois issues différentes, l’apparition d’une tentative, l’apparition d’idées suicidaires, et l’évolution des symptômes dépressifs. Ils intègrent séparément la taille du réseau social constitué en présentiel et celle du réseau constitué en ligne.
Les résultats
Sur le passage à l’acte. L’exposition à une tentative dans le réseau social est associée à un risque de tentative ultérieure multiplié par 2,78 (intervalle de confiance à 95 % : 1,78 à 4,33). Après ajustement sur les symptômes dépressifs, l’association reste significative, à 2,43 (1,51 à 3,91). Autrement dit, la dépression n’explique pas à elle seule le phénomène. En probabilités absolues, le risque estimé passe de 1 % chez les non exposés à 3 % chez les exposés.
Sur les idées suicidaires. Aucune association significative. Chez les 602 participants sans antécédent d’idées suicidaires, le rapport de cotes est de 1,47, avec un intervalle de confiance qui inclut 1 (0,82 à 2,65). C’est le résultat le plus contre-intuitif de l’étude, et il diffère de travaux antérieurs.
Sur la dépression. L’exposition est associée à davantage de symptômes dépressifs, à la fois lorsqu’un même individu passe d’une période sans exposition à une période avec exposition, et lorsqu’on compare des individus entre eux.
Sur la taille des réseaux. Un réseau amical plus large constitué en présentiel va de pair avec moins de symptômes dépressifs. Un réseau plus large constitué en ligne va de pair avec davantage de symptômes dépressifs. Les auteurs avancent que « la connexion sociale en ligne pourrait refléter une vulnérabilité ou une exposition au stress plus grandes, plutôt qu’une résilience ».
Ce que les auteurs en tirent
Leur proposition principale est d’ordre clinique. Interroger un jeune sur ce qu’il a vu ou appris dans son entourage récent, et pas seulement sur ce qu’il ressent, permettrait selon eux de repérer des jeunes que les questionnaires de symptômes laissent passer. Ils écrivent qu’« évaluer l’exposition récente à des tentatives de suicide pourrait aider à repérer des jeunes à risque élevé que le dépistage fondé sur les symptômes ne détecte pas ».
Ils en tirent une conclusion de fond : les résultats « plaident pour une conception du risque suicidaire comme un processus socialement enchâssé ». La prévention, traditionnellement centrée sur les facteurs de risque psychiatriques individuels, gagnerait à intégrer la dimension du réseau. Les auteurs plaident également pour une postvention élargie, qui ne se limite pas à la personne directement concernée mais s’étende à son entourage, à l’école comme dans les communautés en ligne.
Les limites, telles que les auteurs les posent
Les mesures sont déclaratives, avec les biais de mémoire et de déclaration que cela suppose sur un sujet aussi sensible. L’exposition est saisie par un item unique, qui ne dit rien de la nature du lien avec la personne concernée, du moment, ni du canal par lequel l’information est parvenue. Le devis longitudinal renforce l’ordre temporel mais n’établit pas de causalité, et des facteurs de confusion résiduels restent possibles. Les définitions varient entre les vagues, l’antécédent étant mesuré sur la vie entière à l’inclusion et sur douze mois au suivi. Enfin, la taille du réseau ne doit pas être lue comme une mesure du soutien social effectif.
Ressources d’aide
Si vous êtes concerné, ou si vous accompagnez une personne en souffrance, des professionnels sont joignables en permanence et gratuitement.
France : le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24 et 7 j/7.
Belgique : le 0800 32 123, Centre de prévention du suicide, 24 h/24.
Suisse : le 143, La Main Tendue, 24 h/24. Pour les enfants et les adolescents, le 147 de Pro Juventute.
Urgence vitale : le 112 dans toute l’Union européenne et en Suisse, le 15 en France.
Référence et mentions légales
Mitchell, K. J., & Banyard, V. (2026). Suicide Risk After Social Network Exposure to Suicide Attempts in Adolescents and Young Adults. JAMA Network Open, 9(8), e2630409. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2026.30409
© 2026 Mitchell KJ et al., JAMA Network Open. L’article original est en accès libre sous licence Creative Commons CC BY-NC-ND, qui autorise la reproduction à l’identique à des fins non commerciales mais n’autorise ni la modification ni la traduction intégrale. Le présent texte est un compte rendu rédigé par l’Observatoire La Petite Sirène, et non une reproduction de l’article. Les passages entre guillemets sont de courtes citations traduites, attribuées à leurs auteurs.
Illustration : tableau des caractéristiques initiales des participants, reproduit de l’article original.
Compte rendu rédigé par l’Observatoire La Petite Sirène (OPS) à partir de l’article original publié dans JAMA Network Open, © 2026 Mitchell KJ et al., JAMA Network Open, en accès libre sous licence CC BY-NC-ND. Compte rendu original de l’OPS. L’article source est en accès libre sous licence CC BY-NC-ND, qui n’autorise ni la modification ni la traduction intégrale : ce texte est une présentation de l’étude, non une reproduction. Article original : https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2853208.


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