EDITO DU 20 OCTOBRE 2026

Par Paul Denis, neuropsychiatre, psychanalyste
Le colloque « L’enfant, cible des idéologies » a exploré de façon féconde un champ très large et inventorié les multiples facteurs qui font des enfants les victimes d’endoctrinements et d’abus de tous ordres. Le culte que notre époque voue à l’enfant, sorte de sacralisation, se fait au prix de l’occultation de ce dont il a besoin. Toute idéalisation implique un certain degré d’aveuglement par rapport à la réalité et toute idéologie est fondée sur un déni de réalité. L’idéologie de l’éducation positive résulte de cette sacralisation, ne rien faire qui soit de nature à contrarier l’enfant car ce serait lui infliger une souffrance morale. Cette injonction étendue à la scolarité paralyse l’autorité, elle rend le maintien d’une discipline suffisante particulièrement difficile. Il faut éliminer les obstacles devant les élèves et ne pas imposer d’exigences, la stupeur apparaît au moment de l’admission dans l’enseignement supérieur où « parcours sup » inflige de cruels démentis. Le progrès considérable qu’a été la reconnaissance des droits de l’enfant tend à faire oublier qu’il n’est pas en mesure d’exercer directement ses droits et que le principal de ceux-ci est son droit à la protection — son droit à la sécurité — qui implique des limitations à ses volontés. Les capacités de « discernement » ne se développent que progressivement. Le Droit considère qu’avant l’âge de 13 ans il y a « présomption d’absence de discernement ». Nier la situation de dépendance de l’enfant par rapport aux adultes et son droit à être protégé fait partie intégrante de cette idéologie de l’enfant roi fondée sur un déni de minorité.
L’individualisme contemporain, la culture du narcissisme s’étend à l’enfant et fait reconnaitre comme légitimes non pas ses droits en tant qu’enfant, mais chacune de ses volontés. Il ne faut pas lui enseigner ce qui est vrai mais reconnaître « sa vérité » . Ne pas refuser l’usage d’un smartphone à un enfant trop jeune, le livre au risque d’une emprise d’influenceurs et militants de tous ordres, le livre aux « informations » les plus fantaisistes et aux recommandations de santé les plus absurdes.
L’idéologie du genre s’est développée sous l’impulsion de Judith Butler et a des conséquences sur les plus jeunes. Si un garçon développe un style féminin, si une fille aime avoir un genre masculin il s’agit une dimension qualitative de leur identité qui n’a de sens que par rapport à leur sexe. Judith Butler et ses émules considèrent que c’est le genre qui détermine le sexe. Et qu’il faut aligner l’anatomie sur le sexe et donc transformer l’anatomie et le régime hormonal. Idée délirante qui repose sur la négation du fait que changer de sexe est totalement impossible : toutes les cellules de l’organisme — y compris les neurones — étant bâties sur une formule chromosomique — XX chez les filles XY chez les garçons — impossible à modifier. L’idéologie du genre est fondée sur un déni de la réalité génétique. Une adolescente tenaillée par une angoisse devant la sexualité, qu’elle ait peur de l’hétérosexualité ou de l’homosexualité, rencontre aujourd’hui deux suggestions complémentaires, venant l’une de l’influence sociale, amies, école et réseaux sociaux militants, et l’autre de l’offre médico-chirurgicale qui propose des interventions chirurgicales de castration, de castration chimique par le blocage de la puberté et une imprégnation hormonale « croisée ». Le rôle de l’offre médico-chirurgicale de changement de sexe est majeure. La puberté n’est pas une maladie dont il faudrait arrêter le cours. Le « protocole néerlandais » a été préconisé sans aucune recherche biologique préalable ni expérimentation chez l’animal. Cette pratique n’a de médical que le nom, elle ne relève pas de l’erreur mais de la faute.
Précieux dicton immémorial : « Ne demande pas trop à l’Éternel, il pourrait t’exaucer ». Il faut l’actualiser : « Ne demande pas trop à Esculape, il pourrait t’exciser… »


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