Le diagnostic de « dysphorie de genre » a-t-il un sens?

ÉDITO 17 SEPTEMBRE 2026
Paul Denis, psychiatre et psychanalyste, et Céline Masson
Un diagnostic médical désigne une maladie. Or une maladie se définit par un ensemble de symptômes correspondant à une étiologie, dont l’évolution dépend de la réaction de l’organisme et nécessite parfois un traitement. La dysphorie de genre ne répond à aucun de ces critères : c’est précisément ce qui rend le mot « diagnostic » impropre.
Les adolescentes traversées par une angoisse de sexuation pubertaire (ASP) peuvent présenter ce symptôme particulier : se ressentir et se déclarer de l’autre sexe. On le rencontre dans des contextes psychologiques ou psychiatriques variés, mais il ne constitue pas, en lui-même, une maladie ou un trouble. Ce sentiment n’est pas un état stable : plus ou moins marqué, il évolue avec la maturation psychique de l’enfant ou de l’adolescente. Neuf fois sur dix environ, l’enfant ou l’adolescent se réaligne sur son identité sexuée après quelques semaines ou quelques mois. Un sur dix seulement reste attaché à sa contre-identité.
Parler de diagnostic médicalise donc une situation qui ne l’est pas. Prendre des mesures « affirmatives » revient à interrompre une évolution spontanée, et à assigner l’adolescente à l’identité même qu’elle ne réclame que dans un moment de crise. La gravité de ce symptôme dépend entièrement du contexte psychologique ou psychiatrique dans lequel il survient et c’est précisément ce que montre le rapport Cass (Cass Review, 2024), qui a établi que la grande majorité de ces adolescents présentaient des troubles psychiques avérés, méritant d’être pris au sérieux pour eux-mêmes. Diagnostiquer une « dysphorie de genre » ou une « transidentité », c’est figer le contenu manifeste d’un moment d’angoisse et l’ériger en état permanent.
Le paradoxe est là : les tenants de la transaffirmation soutiennent qu’il n’y a rien de pathologique à se « ressentir » de l’autre sexe, tout en prescrivant, pour ces mêmes enfants, un traitement médico-chirurgical. Ce traitement les expose à des troubles et maladies bien réels : limitation des mouvements de l’épaule après mastectomie (adieu le tennis…), troubles urinaires (69 % des femmes masculinisées en souffrent, contre environ 50 % pour les autres interventions), stérilité, difficultés sexuelles de toutes sortes sans même parler des effets les plus sérieux, ceux des bloqueurs de puberté sur la maturation cérébrale et le développement de la personnalité.
Chercher à démontrer scientifiquement les bénéfices des traitements transaffirmatifs relève dès lors du surréalisme. Ce qui est scientifiquement établi, en revanche, ce sont les méfaits iatrogènes de ces entreprises qui prétendent guérir une non-maladie.
D’où l’importance du mot « diagnostic » : en légitimant implicitement les entreprises de transaffirmation médicale, il participe à la fabrication de toutes pièces de « personnes transgenres ». La dysphorie de genre n’est pas un diagnostic, aucune maladie ne lui correspond. Il faut lui substituer le terme d’angoisse de sexuation pubertaire, qui reconnaît un signe de souffrance psychique pouvant recouvrir des états très différents, des états qu’il convient de traiter pour eux-mêmes, et non en supprimant leur symptôme le plus visible. La fièvre n’est pas, en soi, une maladie à faire taire : elle est le symptôme, parmi d’autres, d’une affection bénigne ou grave.
Si un adolescent a mal à sa sexualité, faut-il la lui supprimer ? Faut-il s’amputer d’une jambe parce qu’elle fait mal ?


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