Un nouveau paradigme : Transpasser les limites du corps, du sexe,de la condition humaine et au passage, rapidement, transpassement du point de vue politique, scientifique médical et sociétal.
- La Petite Sirène

- 11 mars
- 13 min de lecture
Jusqu’ici celui qui voulait faire partie d’une société avait à s’adapter aux
normes et valeurs dominantes de cette société, la société qui accueillait se
méritait. Aujourd’hui le « développement personnel » réussi jusqu’à la
paranoïa, tourne au fantasme de disposer entièrement de son identité
autoproclamée, ignorant de sa filiation et de son arrimage à l’autre,
autoaffirmation, qui nie le doute et la division subjective. Dans quelle mesure
ce changement ne va-t-il pas se transformer peu à peu en une idéologie
nihiliste qui provoquerait l’inversion de valeurs fondamentales, nécessaires
pour devenir et rester humain ?
Je prendrai comme exemple le problème des transidentités chez l’enfant et
l’adolescent. La proposition de loi de mai 2024, interdit pour les mineurs de
commencer une transidification avant l’âge légal de 18 ans. Loi proposée en
particulier par l’OPS « Observatoire des discours idéologiques sur l’enfant et
l’adolescent » et qui va être rediscutée en 2026. Cette interdiction est très
contestée, au nom de « l’intérêt supérieur de l’enfant » par l’association
Outrans qui dit : « ce texte n’est dicté ni par la science, ni par l’intérêt de
l’enfant, mais par la peur, la peur des transidentités. » brouillant ainsi les
cartes, en faisant un combat des anciens -les transphobes -et des modernes-
les transgenres. C’est l’occasion de mettre au jour le vrai problème des
mineurs, errant en quête d’identification,dans une inquiétante étrangeté face
à un corps qu’ils ne connaissent plus et qui devient source d’angoisse.
Cette contestation annonce une autre crise inédite, la perte de confiance
dans les avis de ceux dont c’est le métier. Pour preuve, le succès des
mouvements climato-sceptiques, antivax, complotistes etc..Une ère de
« post-vérité » où les rumeurs sont placées sur le même plan que les
évidences scientifiques. Bravant cette ére du soupçon, on peut essayer, de
faire entendre politiquement quelques faits. Le politique étant à resituer dans
le sens grec, où c’est être acteur de la démocratie, poser des questions,
débattre, s’informer, et participer à la vie collective. Et pourquoi ne pas faire
entendre aussi une voix d’expert au sens de l’étymologie expertus qui a fait
ses preuves,rompu à l’exercice, pour analyser les phénomènes en jeu avec
des connaissances théoriques et pratiques, transpasser les discours
médiatiques ignorants actuels, analyser ce qui se passe actuellement avec
les enfants et adolescents qui se disent en mal-être du vivre et qu’on
diagnostique trop rapidement trans, sans la moindre hésitation. Je
transpasserai donc moi aussi, en interrogeant, à partir de la clinique. Je ne
parlerai que des mineurs, enfants ou adolescents.
Une personne trans est une personne dont l’identité de genre est différente
du genre qui lui a été assigné à la naissance. « Seule la personne concernée
est capable de connaître sa propre expérience intime et personnelle de
genre, et donc son identité de genre. Elle seule peut ainsi déterminer si elle
est trans ou non : c’est le principe d’autodétermination 1 ». Ceci est valable
pour tous les âges. Rappelons que dans certains pays la loi ne protégeant
pas les mineurs en demande de transitivité, des bloqueurs d’hormones ont
été prescrits bien avant la puberté suivi de traitements hormonaux et souvent
d’opérations chirurgicales lourdes. Tout ceci au seul pouvoir de
l’autodétermination de l’enfant ou de l’adolescent. Ces aberrations sont de
plus en plus dénoncées et ce sont ceux, qui une fois adulte, veulent
détransitioner, qui portent plainte, pensant qu’on leur a laissé commettre un
dommage irréversible. Ils attirent donc l’attention sur la nécessité de la mise
en réflexion de l’autodétermination chez l’enfant et l’adolescent.
Parlons clinique, avec un garçon de 17 ans en classe de première qui veut
devenir une fille. Cheveux mi-long englobant le visage au traits fins, un
portrait de jeune homme du quattrocento italien du Perugino ou de Boticelli.
En dehors de la voix rien ne fait penser à un garçon, il est quasiment
imberbe. Il tient le discours stéréotypé, des réseaux sociaux trans:« j’ai un
mauvais ressenti dans mon corps de garçon, je suis fille dans ma tête, je suis
trans, ». Sa mère viendra deux fois l’accompagner, elle l’encourage
fortement à faire une demande de transition et se montre vite réticente à ces
entretiens de psy. Visiblement elle trouve cette aventure excitante, c’est elle
qui prendra RV chez le médecin pour son fils. Quant au père, enseignant, il
n’en pense rien : « C’est lui qui choisit sa vie, il sera toujours mon enfant, le
sexe n’a pas d’importance » Il n’a jamais discuté de cela avec son fils, mais
le fils pense qu’il est d’accord, qui ne dit mot consent. Ce garçon a un groupe
de copines très proches, mais il ne leur parle pas de son désir de
transitionner « je n’oserais jamais, je veux pas en parler aux autres, je ne
veux pas changer mon prénom » Ceci étonne car c’est très souvent par le
changement de prénom que commence ce désir de se transidentifier. Désir
favorisé par la facilité avec laquelle on peut changer son prénom, il suffit de
remplir une demande à la mairie. Le changement juridique de sexe lui
dépend du tribunal. Cet adolescent manifeste timidement son désir « je n’ose
pas », on peut donc penser qu’il énonce juste le phantasme d’être Autre,
sans plus.
Il parle de sa mère et de sa grand-mère comme des femmes qui passent leur
temps devant le miroir, et à pratiquer la chirurgie esthétique. Il se souvient
qu’enfant, il s’enveloppait dans les vêtements de sa mère pour avoir son
odeur, qu’il aimait la lingerie féminine. Il adore faire les boutiques avec sa
mère, il achète les mêmes pantalons qu’elle. Il trouve aussi que ça comprime
1 Trajectoire « Jeunes Trans » 2025
son sexe et que c’est bien car rien ne dépasse, les désirs incestueux sont
trop présents pour préserver la manifestation du pénis. Il est évident que la
séparation d’avec la mère est difficile, il la comble et il devient un clone d’elle,
aucun tiers à l’horizon qui introduirait un écart possible. On peut même se
demander si cette imprégnation féminine ne l’a pas déjà transformé
physiquement , neurones miroirs ? Cependant au fil des séances, il semble
sortir du collage d’avec sa mère, la critiquant clairement :« Ma mère s’occupe
plus de ce qu’elle pourrait changer dans son visage, que de moi ». Apparaît
parfois une ambivalence, une amorce d’interrogation, un faible écart naissant
dans l’autoaffirmation. La mère a-t-elle senti cela, toujours est-il qu’elle
obtient un RV très rapidement chez le médecin spécialiste qui signe, dès la
première rencontre, l’autorisation de transition. Médecin qui ne demande pas
le compte rendu du psy et s’appuie sur le seul ressenti du patient comme
indication thérapeutique. Ce médecin dit aussi que les séances chez le
psychanalyste ne sont plus nécessaires. En effet, il entre dans le circuit de la
filière trans, un coaching de transition, qui va le prendre en charge à vie,
médicalement parlant, puis peut-être chirurgicalement, s’il ne fait pas marche
arrière, mais comment le ferait-il puisque rien ne sera interrogé, transpassé,
le diagnostic étant catégorique, c’est bien un vrai trans. Vouloir interroger et
verbaliser le malaise de l’adolescent est actuellement étiqueté comme
voulant pratiquer une thérapie de conversion et donc interdit par la
convention des droits de l’enfant. Sa mère, elle, respecte le droit de l’enfant
selon les conseils de la défenderesse des droits de l’enfant. La prise en
charge par la sécurité sociale est prise elle aussi à 100 % comme une longue
maladie, ce qui est une exception mondiale.
Dans les demandes de transgenre mineurs, 80% sont des filles, ce fort
pourcentage nécessite une approche particulière.Pour les adolescentes, bien
qu’on retrouve comme chez le garçon, l’absence d’un tiers qui n’a pu
médiatiser, avec bonheur, la séparation d’avec la mère, c’est souvent
l’inverse du collage qui se produit, il y a un rejet de la mère. L’opposition se
manifeste par les angoisses du féminin anorexie, boulimie, scarifications,
suicides. Le corps devient, plus facilement que chez le garçon, le principal
lieu d’inscription du mal-être. Dans le mal-être à devenir femme, il y a soit
l’hypersexualisation du corps, cf les petites lolitas des années 2010, la
demande des lipofilling ou augmentation mammaire ou fessier, soit
maintenant chez les trans, une quasi a-sexualisation avec la mastectomie.
L’image du corps est prépondérante, il s’agit de modifier l’apparence depuis
le maquillage éphémère qui recouvre la surface de la peau, au tatouage
indélébile qui pénètre dans le corps. Suit parfois la TS par incision ou la
scarification profonde, avec des cicatrices fortement investies qui sont là pour
s’approprier le corps qui devient alors différent de celui qui appartenait à la
mère et aussi différent du corps de la mère. Cela peut être pensée comme
régression du symbolique qui ne peut plus s’inscrire dans des enveloppes
psychiques, la douleur symbolisant la perte de l’enfance comme d’un paradis
perdu, et matérialisant l’accès maladroit à une réorganisation de l’interne.
Une écriture de soi sur soi, un soi peu éprouvé et encore moins dans la
représentation symbolique.Une tentative de symbolisation qui peut tourner à
la destructivité. « Regarder ma cicatrice ça me fait du bien » dira une
adolescente, ce qui fait penser à un besoin de garantie narcissique externe,
comme une restauration narcissique. Par la cicatrice frontière, le corps
devient objet et sujet, externe et interne, inscription d’histoire, incarnant la
phrase de Paul Valery « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la
peau ». Dans la demande de transidentification il s’agit, apparemment, d’aller
même au-delà de la peau, le choix d’objet est apparemment extérieur, un
autre corps, mais il s’agit en réalité d’un enjeu narcissique où l’objet est
soi même, mais Autre. Il s’agit de réaliser son fantasme, son propre avatar
qui lui ne serait pas sujet à l’angoisse de sexuation.
Il y a à distinguer les enfants pré-pubères, des adolescents, il ne s’agit pas de
la même demande de transition. Les enfants jeunes formulent le désir d’être
ce qu’ils ne sont pas encore, « quand je serai grand » « et alors je serai le
papa, la maman, le docteur etc .... entendez ceux qui prennent soin des
corps. Ce qui rassure c’est l’affirmation par le langage « je serai » Entre 5 et
11 ans environ, la période dite de latence est une période de refoulement qui
équilibre, la pulsion devient mesurée, l’âge de raison. Période de silence, de
repos dans le développement sexuel diphasique, silence qui permet des
remaniements profonds de l’appareil psychique, en particulier la bascule du
registre de l’imaginaire à celui du symbolique. Passage aussi du moi Idéal à
l’Idéal du moi, de la pulsion sexuelle à la pulsion épistémophilique. Temps de
latence précieux qui laisse à l’enfant son temps d’enfance, mais que l’adulte
veut remplir par une guidance dite éclairée, alors qu’il ne voit même pas le
rapport avec le trouble de l’attention et l’excitation motrice. TDAH.
Actuellement, dans cette phase de vacance nécessaire, des facteurs
extérieurs, de société, viennent perturber l’enfant, il est constamment sollicité
par l’idéal narcissique et consumériste du néolibéralisme qui fait miroiter un
sujet sans perte, sans dette et sans repos sexuel.« Pour une meilleure prise
en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire » et
pour « Promouvoir une éducation inclusive et faire reculer les préjugés » on
fait miroiter à l’enfant la possibilité d’être l’Autre, mirage d’un tout possible,
un humain augmenté, L’enfant a donc absorbé, comme une éponge, le
discours que nous résumerons ainsi« C’est notre droit, nous ne sommes
assignés à rien, ni au sexe, ni au genre,c’est nous qui décidons de notre
corps selon notre ressenti». Terrible diktat qui coupe toute transcendance
possible, être l’autre corporellement n’est pas l’accès à l’Autre
Le tableau lacanien privation, frustration, castration, reste une référence de
base, quand on prend soin des enfants. En 2 mots, on ne peut pas courir
avant de savoir marcher, psychiquement parlant c’est la même chose et
surtout ça n’est pas linéaire, ce n’est pas parce que je sais marcher que je
veux courir, il me faut l’envie de courir ! Et l’envie c’est quoi ? Un appel à la
vie qui m’oblige à me transpasser, à être autre de ce que banalement je peux
être. Et il vient d’où cet appel ? D’un Autre, souvent la mère dans les
premiers temps de la vie, mais ça n’est pas obligé. Donner l’élan et s’effacer,
voila le hic des mères. Passer de la frustration à la castration c’est l’écueil
actuel pour les enfants et les mères, temps où c'est la mère réelle qui va
perdre sa toute puissance pour laisser place à un tiers plus symbolique et
moins gratifiant, mais qui laissera la place à la puissance de la pensée pour
compenser la perte. C’est pourquoi, quelques entretiens mère/ enfant/père
résolvent assez facilement cette demande de transitivité chez les pré-
pubères.
C’est très différent chez les adolescents, qui pour s’affirmer et gagner en
autonomie ont toujours cherché à dépasser leurs parents et les adultes, à
transgresser pour signifier qu’ils transpassaient l’enfance, F.Dolto appelait ça
le complexe du homard 2 . Leur jouissance est de casser les codes et
normes en vigueur pour mieux se séparer,mais le passage d’une frontière en
pays inconnu est toujours angoissant.Cette angoisse a été redéfini très
justement par Céline Masson et Caroline Eliachef « angoisse de sexuation
pubertaire » ASP, c’est là la problématique. C’est la puberté qui place
l’adolescent sous emprise, emprise d’un corps en voie de sexuation qui le
situe dans la chaîne des générations et le qualifie au regard de l’espèce.
C’est toute l’histoire généalogique qui se déploie et fait retour, dans l’agir, via
son corps. C’est pourquoi les agirs à l’adolescence sont le plus souvent
adressés, ils ne deviennent passages à l’acte que si la mise en scène visant
à interpeller n’a pas obtenu d’écoute et notamment de l’autre parental. Quand
celui-ci défaille symboliquement l’ado a tendance à se tourner uniquement
vers l’étayage des réseaux sociaux. Les symptômes des adolescents disent
où ils en sont de leur rapport à leur jouissance propre et de leur prise
d’autonomie psychique, de leur position au sein des générations et de la
manière dont ils ont intériorisé pulsions incestueuses et parricides. Les agirs
des adolescents tentent ainsi de symboliser les impasses subjectives, les
leurs mais aussi celles de leurs ascendants, ils ont la fonction de révélateur,
de la famille et du social Mais ils ne s’expriment pas facilement. C’est comme
s’il s’agissait, à cet âge, de réapprendre à parler, de retraverser l’accès au
langage. Le corps devient le lieu sacrificiel et addictif de ce qu’ils ne peuvent
encore dire et qu’on peut formuler ainsi.
Je veux être ce que je dis que je ressens, or ma souffrance c’est le ressenti
de cette distance entre moi et l’Autre, distance insupportable dans ce qu’elle
a d’inconnu, je veux être UN, il faut que les deux genres coïncident pour être
2 Les homards, quand ils changent de carapace, perdent d’abord l’ancienne et restent sans défense, le
temps d’en fabriquer une nouvelle. Pendant ce temps-là, ils sont en danger. Dans les parages d’un homard
sans protection, il peut y avoir un congre qui guette, prêt à le dévorer.
UN, que les genres fusionnent. Se fondre dans le mirage du corps Autre, non
dans une rencontre charnelle, à travers l’altérité réelle, mais en se trans-
formant corporellement en un Autre pour être imaginairement les deux. Mais
un UN c’est quelqu’un qui est tout seul, ce qui entraîne donc douleur et
solitude, qui implique une nécessité de liaison à d’autres uns, les même que
soi, coïncidence collective qui double la coïncidence du moi au je, condition
pour que surtout n’apparaisse pas de vide existentiel, d’où l’angoisse de
déconnexion à la nouvelle addiction du téléphone portable.Le recours au
corps pour devenir UN marque la défaillance de la parole et de la pensée.
l’Éros freudien, le principe d’union par la mise en tension de l’écart entre
deux, est en crise, pas de doute, reste donc thanatos.
Jusqu’alors les psy accueillaient la jeunesse en prise avec ce genre de
difficultés à l’adolescence, ceux qui n’avaient pas dans l’ entourage des
appuis pour s’identifier par rapport à ce nouveau paramètre : la sexualité
hormonale, la deuxième tranche de la sexualité qui réactive la première,
l’infantile. Actuellement la pédopsychiatrie étant en détresse profonde, cette
jeunesse n’a plus comme lieu d’accueil que la médecine trans, c’est
beaucoup plus rapide. Car le travail psychique prend du temps, il consiste, à
organiser sa vie avec le plus de liberté et de plaisir possibles, mais autour de
données acceptées comme inéluctables : 1- la présence indispensable des
autres car on ne peut s’auto-engendrer 2- le genre dans un écart toujours
avec le sexe, même si les deux s’accordent et 3- la passagéreté donc la mort
qu’on ne peut qu’imaginariser, car elle est de l’ordre de l’impensé.Faire avec
le Réel, se reconnaître limité, impuissant, c’est à dire reconnaître la fragilité
humaine mais comme tremplin pour s’élancer vers du trans intellectuel,
psychique, affectif. Une limitation symboligène, qui provoque une mise en
marche de la source dynamique inconsciente qui permet de ne pas miser
que sur le corps pour transcender les angoisses humaines autour du
manque.C’est donc un choc de cultures de recevoir un jeune trans qui nous
oblige, par sa surdité a ce réel, à nous interroger sur l’ensemble des règles
admises et intériorisées jusque là, comme normes par la communauté
humaine. Depuis le premier janvier 2022 le phénomène trans, n’est plus
classé comme trouble psychique par l’OMS et donc le suivi psy non
seulement n’est plus obligatoire, mais il est accusé d’être « thérapie de
conversion » et donc interdit par le fameux droit de « l’intérêt supérieur de
l’enfant » Ce malaise ne concerne-t-il vraiment que le sexe et le genre
comme nous l’affirme certains ou est-ce autre chose que les jeunes dit «
trans » sont en panne de ne pouvoir transpasser?
L’adolescent, dûment informé de ses droits, via Tik Tok,vient donc
« spontanément » revendiquer de mettre fin à son malaise de transpasser
son enfance pour atterrir dans le monde adulte au nom de « l’intérêt
supérieur de l’enfant ». A ce titre il demande une mutation de corps qui peut
aller jusqu’à la mutilation d’organes vivants et sains. L’adulte, qui s’est
toujours inconsciemment méfié de l’enfant qui va un jour le remplacer, n’a
même plus besoin d’user de la répression physique ou morale pour
contrôler, comme par le passé, sa sexualité, ce sont les réseaux sociaux et
la propagande idéologique qui s’en chargent, l’adulte n’a plus qu’a proposer
face à la demande « spontanée » et « dans un consentement éclairé » la
solution miracle «tu peux être ce que tu veux être, Autre , la médecine est là,
à ton service». Un tel renversement, interroge d’une part sur un éventuel
masochisme voire une éventuelle mélancolie de la part de ces jeunes trans,
mélancolie masquée par un discours dit moderne sur la banalité de la
sexualité, qui n’est plus que d’organe et d’autre part sur la complicité des
adultes tutélaires qui les embarquent dans une telle entreprise au nom d’un
avenir plus heureux.
Quel est donc le phantasme de l’adulte qui croit et accepte, au nom d’une
souffrance qui serait impossible à transpasser, cette mise en abîme de la
sexualité? Parle-t-il en réalité de la sienne de souffrance ? Au nom de son
propre narcissisme, ne se veut il pas être maître de l’autre, l’enfant, au nom
de sa seule volonté ou puissance et non au nom de la loi humaine du doute
sous tendu par la castration, lâchons le mot, à laquelle il est lui même
assujetti ? N’est-ce pas là une perversion très banale et très répandue?
Comment nous, les générations passées, cartésiens dans l’âme avec notre
paradigme du doute qui dirige la pensée qui nous fait nous sentir exister,
pouvons nous réagir à cette réduction de l’esprit et des corps? Comment
nous, psychanalystes qui avons appris que nous ne pouvons être Un car
nous sommes refendus, dès la naissance, par le langage et divisés par
l’objet vivons nous ce déni de la partition? Comment dénouer une telle
certitude dans un entretien dont l’autre n’attend que sa confirmation à être
trans pour ne pas affronter l’incertitude de l’être?Certains pensent protéger
les adolescents en suivant leur ressenti, d’autres au contraire en
questionnant longuement leur désir, choisissant de les accompagner en tant
qu’être parlant et communiquant charnel, pour qu’ils puissent affronter cette
« maladie de passage » qu’est l’adolescence. Le vrai problème étant de
pouvoir rencontrer actuellement l’adolescent en terrain neutre de toute
idéologie.
7 février 2026
Madeleine Gueydan
Psychanalyste


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