Perspectives des familles et des cliniciens sur l’intersection entre autisme et extrémisme
- La Petite Sirène

- 14 janv.
- 34 min de lecture
AUTISM IN ADULTHOOD* | Janvier 2026
*Auteurs : Sachindri Wijekoon, 1 John Robison, 2 Christie Welch,3 Alexander Westphal, 4 Rachel Loftin,5 Patrick Jachyra, 6 Barbara Perry,7 Victoria Rombos,8 Christian Picciolini, 9 Catherine Bosyj, 8 Lili Senman,8 Simon Baron-Cohen,10 and Melanie Penner8
1Western University, London, ON, Canada.
2William & Mary Williamsburg, Williamsburg, Virginia, USA.
3University of Toronto, Toronto, ON, Canada.
4Division of Law and Psychiatry, Yale School of Medicine, New Haven, Connecticut, USA.
5Department of Psychiatry and Behavioral Sciences, Feinberg School of Medicine, Northwestern University, Chicago, Illinois, USA.
6Department of Sport & Exercise Sciences, Durham University, Durham, UK.
7Ontario Tech University, Oshawa, ON, Canada.
8Bloorview Research Institute, Toronto, ON, Canada.
9Free Radicals Project, Petoskey, Michigan, USA. 10Department of Psychiatry, University of Cambridge Autism Research Centre, Cambridge, UK.
Résumé
Introduction : Les recherches explorant les facteurs contextuels influençant les rares cas d’engagement de personnes autistes dans des idéologies extrêmes sont limitées. Cet article examine les facteurs ayant affecté les personnes autistes engagées dans des idéologies extrêmes, selon le point de vue de leurs proches et de cliniciens.
Méthodes : Les résultats présentés ici proviennent d’entretiens menés avec deux groupes de participants : la famille et les amis, et les cliniciens. Les participants ont été recrutés via un intermédiaire, des réseaux professionnels et les réseaux sociaux. Nous avons utilisé l’analyse thématique réflexive pour traiter les données.
Résultats : Le premier groupe comprenait sept membres de la famille et un ami, et le second cinq cliniciens. Quatre thèmes principaux ont été identifiés à travers les deux groupes : (1) expériences de vulnérabilité sociale ; (2) caractéristiques autistiques et neurodivergentes dans un contexte de risque ; (3) négociation d’une identité complexe ; et (4) un “tunnel” glissant. Les vulnérabilités sociales, incluant l’absence d’attachements sécurisants pendant l’enfance et le rejet social, ont conduit à un sentiment de persécution. La marginalisation à l’échelle systémique a accentué ce sentiment d’exclusion. Une image de soi autistique négative s’est révélée un facteur important. La pensée inflexible, les différences de cognition sociale, l’hyperfixation et le besoin de structure et de routine ont été identifiés comme des traits neurodivergents pouvant trouver un écho dans les idéologies et pratiques des groupes extrémistes. Toutefois, les participants ont souligné que l’autisme à lui seul n’explique pas pleinement cet engagement. Avec une participation limitée à des activités prosociales réelles et beaucoup de temps libre, les algorithmes internet ont amplifié l’exposition aux idéologies extrêmes, offrant des explications provocatrices aux difficultés rencontrées par ces personnes autistes.
Conclusions : Un diagnostic précoce, des structures de soutien qualifiées et continues, des sociétés neuroinclusives et l’éducation aux médias numériques sont tous des éléments clés pour prévenir cet engagement préjudiciable chez les personnes autistes.
Mots-clés : autisme, trouble du spectre de l’autisme, extrémisme, groupe extrémiste, radicalisation, vulnérabilité
Résumé communautaire
Quel était l’objectif de cette étude ? Bien que les médias aient rapporté plusieurs cas médiatisés de personnes autistes violentes adhérant à des croyances extrêmes, il existe peu de recherches sur ce sujet. Dans une étude précédente, nous avons interrogé des personnes autistes impliquées dans des croyances ou groupes extrêmes sur la manière dont leur autisme et leurs circonstances de vie avaient pu contribuer à leur engagement. Certaines de ces personnes étaient inconscientes, gênées ou craignaient de partager des détails précis. Pour combler ces lacunes, nous avons voulu recueillir des informations auprès de personnes qui les connaissent bien.
Que font les chercheurs ? Nous avons interviewé des prestataires de soins, des membres de la famille et des amis de personnes autistes engagées dans des croyances ou groupes extrêmes, via Zoom Health. Nous avons lu les transcriptions des entretiens, identifié les déclarations importantes, puis extrait les idées reliant ces déclarations.
Quels sont les résultats de l’étude ? Quatre thèmes principaux ont été identifiés dans les données :
Expériences de vulnérabilité sociale
Caractéristiques autistiques et neurodivergentes dans un contexte de risque
Négociation d’une identité complexe
Un “tunnel glissant”
Les familles et les prestataires de soins ont noté que les personnes autistes impliquées dans des croyances ou groupes extrêmes étaient souvent rejetées par la société. Leurs besoins n’étaient pas pris en charge par les systèmes de santé et d’éducation, ni par leurs familles. Elles s’isolent et passent de nombreuses heures sur internet. L’activité en ligne constante et les algorithmes ont dirigé ces personnes vers des croyances ou groupes extrêmes offrant des explications simples à leurs difficultés.
L’autisme en lui-même n’entraîne pas cet engagement. Cependant, certaines caractéristiques neurodivergentes, comme l’hyperfixation, la pensée en noir et blanc et le besoin de structure et de routine, peuvent rendre ces groupes attractifs pour certains autistes. Les familles et prestataires ont également souligné que les personnes autistes avec une image de soi négative ou appartenant à d’autres groupes marginalisés (par exemple racialisés, de genre ou sexuels) pouvaient chercher à se distancier de ces identités en rejoignant des groupes qui les opposent. Certains adoptent d’autres identités pour éviter d’être victimes et se sentir en contrôle.
Qu’apportent ces résultats par rapport aux connaissances existantes ? Cette étude fournit différentes perspectives sur la manière dont l’autisme et les circonstances de vie peuvent influencer l’engagement de certaines personnes autistes dans des croyances ou groupes extrêmes. Par exemple, les participants ont rapporté que la difficulté à comprendre les pensées, sentiments et points de vue différents des leurs pouvait rendre certains autistes plus vulnérables à ces croyances ou groupes. Cette information n’avait pas été relevée dans notre étude précédente auprès des personnes autistes elles-mêmes.
Quelles sont les limites potentielles ? Certains parents peuvent présenter leurs enfants comme des victimes exploitées par des groupes haineux. Cependant, toutes les personnes autistes engagées dans des croyances ou groupes extrêmes ne sont pas entièrement vulnérables. Les citations des participants doivent être interprétées avec prudence, en gardant à l’esprit que certaines personnes autistes choisissent volontairement de s’engager dans ces groupes.
Comment ces résultats peuvent-ils aider les adultes autistes aujourd’hui ou à l’avenir ? Renforcer le soutien des systèmes de santé, d’éducation et des familles est essentiel pour éviter que les personnes autistes ne se sentent isolées et vulnérables aux croyances ou groupes nuisibles. Aider les autistes à développer une image de soi positive et à résoudre leurs problèmes d’identité peut les empêcher de rejoindre des groupes offrant un faux pouvoir et un sentiment d’appartenance.
L’enseignement de la littératie numérique peut aider certains autistes à naviguer en toute sécurité dans les espaces en ligne. Les entreprises technologiques et les gouvernements ont la responsabilité de créer des espaces en ligne sûrs.
Introduction
L’extrémisme implique la défense ou la promotion de la suprématie d’un groupe interne, fondée sur un engagement idéologique rigide et exprimée par des croyances, une influence sociale ou des actions qui portent atteinte aux droits, à la dignité ou à l’inclusion des groupes externes.
L’engagement se situe sur un continuum, allant de la simple consommation d’idées extrémistes à leur mise en œuvre active. L’extrémisme émerge souvent lorsque la discrimination systémique, la marginalisation et les inégalités sociales poussent les individus vers des groupes promettant appartenance et justice.
Ces dernières années, la relation entre neurodivergence et extrémisme a suscité un intérêt croissant, ainsi que des efforts pour prévenir la radicalisation des personnes neurodivergentes, en particulier autistes. Une grande partie de ce focus est alimentée par des reportages médiatiques à fort impact, avec peu d’explorations systématiques.
Nous définissons l’autisme comme un trouble du neurodéveloppement caractérisé par des styles d’interaction sociale différents de la population générale, la présence de comportements intenses ou répétitifs, et des différences sensorielles, bien que d’autres définitions existent. La prévalence de l’autisme parmi les populations impliquées dans l’extrémisme est inconnue. Les données disponibles suggèrent qu’elle est généralement comparable à celle de la population générale (~1 %), bien que certaines preuves émergentes indiquent une possible surreprésentation dans certains sous-groupes (par exemple, les forums incel et les sous-groupes socialement isolés).
Des recherches antérieures ont suggéré que certaines caractéristiques autistiques — difficultés dans les interactions sociales et à former des attachements significatifs, difficulté à adopter le point de vue d’autrui, besoin de structure et hyperfixation — peuvent augmenter la vulnérabilité à la radicalisation. Les personnes autistes peuvent se fixer sur des intérêts spécifiques, tels que l’histoire militaire, les idéologies extrémistes ou les théories du complot, qui les attirent davantage vers des espaces extrémistes. Les difficultés sociales et relationnelles peuvent pousser certains à rechercher des groupes offrant un sentiment d’appartenance et de statut social.
Nos recherches précédentes, qui ont été les premières à interroger directement des personnes autistes engagées dans des idéologies extrêmes, ont confirmé un certain chevauchement avec ces caractéristiques. En explorant les facteurs contextuels expliquant cet engagement, nous avons identifié que l’autisme seul n’était pas responsable de cette participation, et que les participants autistes avaient vécu une gamme de perturbations formatives et développementales, ainsi que des expériences d’exclusion précoces et continues.
Cet article prolonge notre programme de recherche en explorant les influences contextuelles du point de vue des proches et des cliniciens de personnes autistes impliquées dans des idéologies extrêmes. Les perspectives des proches peuvent révéler des expériences non rapportées ou non reconnues par les personnes autistes elles-mêmes, telles que des schémas d’engagement social, des comportements hyperfocalisés ou des signes précoces de comportements à risque. Les cliniciens peuvent offrir une perspective comparative et basée sur les motifs, en identifiant des observations récurrentes qui peuvent n’apparaître que comme des événements isolés aux yeux des proches.
L’orientation socio-écologique sous-tend cette étude, situant les comportements individuels au sein d’influences interpersonnelles, communautaires et structurelles, et permettant une compréhension intégrée des multiples niveaux de l’écologie sociale de ces personnes autistes et des facteurs de risque d’engagement dans l’extrémisme.
Méthodes
Paradigme de recherche et positionnalité
Nous avons été guidés par une épistémologie constructiviste, reconnaissant que les chercheurs participent activement au processus de recherche, et par une ontologie relativiste, considérant la réalité comme dynamique et dépendante du contexte. Notre équipe interdisciplinaire a collaboré avec un défenseur des droits des personnes autistes (JER) et un ancien extrémiste (CP), qui ont mobilisé leur expérience vécue pour aider à concevoir les guides d’entretien, affiner les thèmes et examiner les versions préliminaires de l’article.
Nous avons adopté une perspective affirmant la neurodiversité, considérant l’autisme comme une dimension significative de la diversité humaine. Nous soutenons que l’autisme en soi n’est pas un moteur de haine ou de violence et que les personnes autistes exercent une capacité d’agir dans leurs choix. Nous avons activement pris en compte la manière dont nos hypothèses et biais pouvaient influencer le processus de recherche, via des journaux réflexifs, des mémos analytiques et des discussions avec nos pairs.
Recrutement
CP, fondateur d’une organisation de déradicalisation des extrémistes, a partagé le flyer de recherche avec son réseau. Le recrutement s’est également effectué via les réseaux sociaux (X, anciennement Twitter). Les proches de personnes autistes engagées dans des idéologies extrêmes (allant de l’engagement en ligne répété à la participation en personne à des activités haineuses), âgées de plus de 18 ans et vivant aux États-Unis ou au Canada, étaient éligibles. Initialement, seuls les membres de la famille devaient être recrutés, mais la sensibilité du sujet a nécessité d’élargir l’éligibilité aux amis disposant d’informations pertinentes. Les cliniciens expérimentés avec des personnes autistes radicalisées ont été recrutés via les réseaux de l’équipe de recherche et les réseaux sociaux.
Collecte des données
L’auteur principal (MP), pédiatre du développement et chercheur, a mené des entretiens semi-structurés individuels avec les proches, notamment pour mettre les participants en contact avec un soutien professionnel en cas de détresse. La première auteure (SW), clinicienne-chercheuse sans lien préalable avec les participants, a interviewé les cliniciens. MP et SW ont utilisé des guides d’entretien adaptés, développés par l’équipe interdisciplinaire (Annexes complémentaires A1 et A2). Les entretiens ont duré entre 60 et 90 minutes, ont été réalisés via Zoom, enregistrés audio et transcrits intégralement.
Considérations éthiques
Cette étude a reçu l’approbation éthique (095) du Holland Bloorview Research Ethics Board. Les participants ont fourni un consentement éclairé avant l’entretien. Ils pouvaient passer certaines questions ou se retirer à tout moment. Les données ont été dé-identifiées avant analyse, stockées de manière sécurisée et des codes uniques ont été attribués pour protéger l’anonymat. Les proches ont été informés des ressources de soutien pendant et après les entretiens.
Analyse des données
Nous avons utilisé le processus en six phases de l’analyse thématique réflexive pour analyser les données. SW a analysé chaque jeu de données par des lectures répétées, documentant les motifs et idées émergents (Phase 1), a généré des codes de manière inductive et les a affinés via plusieurs tours itératifs de relecture des transcriptions pour interpréter les significations latentes sous-jacentes aux expériences des participants (Phase 2), et a regroupé les codes en thèmes initiaux (Phase 3). SW et MP se sont réunis toutes les deux semaines pour évaluer et organiser ces thèmes (Phase 4). L’équipe de recherche s’est réunie bimensuellement pour discuter des interprétations émergentes et affiner les thèmes finaux en examinant les codes et extraits d’entretien associés à chaque thème (Phase 5). Les discussions ont révélé des similarités thématiques notables entre les deux jeux de données. Sur cette base, nous avons intégré les résultats dans une analyse unique tout en tenant compte des différences entre les deux groupes. L’équipe a soutenu la rédaction de l’article (Phase 6).
Résultats
Caractéristiques des participants
Les informations démographiques sont présentées dans le Tableau 1.
Parmi les proches, les parents (P) et l’ami (F) étaient majoritairement des femmes, âgées de 45 à 64 ans, de descendance blanche/européenne, diplômées de l’enseignement supérieur et résidant aux États-Unis. Les cliniciens (C) étaient principalement blancs/européens, comprenant trois femmes et deux hommes, basés au Canada (n = 2) et aux États-Unis (n = 3), et exerçant des rôles cliniques variés.
Les cliniciens ont décrit leurs patients autistes comme disproportionnellement jeunes, blancs, hétérosexuels, cisgenres et non religieux, bien que C5 ait reconnu que cela pourrait refléter les individus disposant des ressources nécessaires pour consulter un professionnel.
Bien que nous n’ayons pas collecté de données démographiques formelles concernant les personnes autistes décrites par les proches, les informations issues des entretiens suggèrent qu’elles étaient majoritairement de jeunes hommes, avec un niveau d’éducation formelle limité et marginalisé socialement emploi, reflétant certains schémas observés dans les dossiers des cliniciens.
Nous avons dégagé quatre thèmes (Tableau 2) : (1) expériences de vulnérabilité sociale ; (2) caractéristiques autistes et neurodivergentes dans un contexte de risque ; (3) négociation d’une identité complexe ; et (4) un terrier glissant.
Expériences de vulnérabilité sociale. Les participants ont décrit comment les personnes autistes engagées dans des idéologies extrêmes étaient confrontées au rejet social et à l’auto-exclusion, à des dynamiques familiales complexes et à des défaillances systémiques.
Rejet social et auto-exclusion. Les participants ont rapporté que ces personnes autistes manquaient d’amitiés réelles, en partie à cause de l’ostracisme social, ce qui les conduisait à l’isolement. Le manque de liens sociaux limitait leur exposition à des points de vue alternatifs et restreignait leur développement intellectuel et idéologique.
« Si vous voyiez des statistiques racistes folles et que vous essayiez d’en parler à un ami, il pourrait vous questionner ou contester cela… si vous n’entendez aucune de ces autres perspectives, cela [ne vous] détournera pas de ce chemin. » — C4, psychiatre
Tableau 1 Démographie
Famille/amis (n = 8) [Parents (n = 7); ami (n = 1)] | |
Sexe | Femme (n = 5), Homme (n = 3) |
Tranche d’âge | 18–24 (n = 1), 45–54 (n = 3), 55–64 (n = 4) |
Origine ethnique / race | Moyen-Orient/Arabe/Nord-Africain (n = 3), Blanc/Européen (n = 5) |
Niveau d’études le plus élevé | Diplôme d’études secondaires ou équivalent (n = 1), Licence/Collège (n = 4), Master (n = 3) |
Pays de résidence | Canada (n = 2), USA (n = 5), Inconnu (n = 1) |
Taille de la ville | Petite (n = 1), Moyenne (n = 5), Grande métropole (n = 2) |
Cliniciens (n = 5) | |
Sexe | Femme (n = 3), Homme (n = 2) |
Tranche d’âge | 25–34 (n = 1), 45–54 (n = 2), 55–64 (n = 2) |
Origine ethnique / race | Blanc/Européen (n = 5) |
Niveau d’études le plus élevé | Master (n = 2), Diplôme professionnel (MD, PhD, JD) (n = 3) |
Pays de résidence | Canada (n = 2), USA (n = 3) |
Profession | Psychologue (n = 2), Travailleur social (n = 1), Analyste comportemental / technicien / superviseur clinique (n = 1), Médecin (n = 1) |
Nombre d’années dans ce domaine | 1–5 ans (n = 1), 15+ ans (n = 4) |
Tableau 2. Structure thématique des résultats sur les facteurs sociaux et contextuels influençant l’engagement dans des idéologies extrêmes chez les personnes autistes, d’après les perspectives de leurs proches et cliniciens
Thème | Sous-thème |
1. Expériences de vulnérabilité sociale | 1.1. Rejet social et auto-exclusion1.2. Dynamiques familiales complexes1.3. Systèmes défaillants et lacunes dans le soutien |
2. Caractéristiques autistes et neurodivergentes dans un contexte de risque | 2.1. Différences cognitives et de traitement social2.2. Recherche de structure dans un monde incertain2.3. Centres d’intérêt en “vision tunnel” |
3. Négociation d’une identité complexe | 3.1. Compréhension de leur identité autiste3.2. Reconstruction de l’identité pour gérer pouvoir et statut social |
4. Un terrier glissant | (Concept métaphorique pour décrire l’engagement progressif et difficile à interrompre dans des idéologies extrêmes) |
Certaines de ces personnes autistes participaient à des structures sociales normatives, mais en tiraient peu de satisfaction. Au moins un client avait un emploi, mais il ne se sentait toujours pas à sa place. Il s’auto-excluait en quelque sorte de la société.« C’est étrange, parce qu’on pourrait penser que si quelqu’un est capable d’avoir un [emploi] et de recevoir des retours positifs, [il] resterait… C’est une situation beaucoup plus complexe. » — C2, psychologue
Les relations réelles insatisfaisantes ont conduit beaucoup de ces personnes autistes vers Internet.
« Les deux [amis] avaient un emploi mais peu d’amis proches. Ils étaient un peu seuls dans la vie réelle. Je pense que cela a pu être une des raisons pour lesquelles ils passaient autant de temps en ligne et étaient si profondément impliqués dans ces communautés. » — F1
C3, une thérapeute comportementale, estimait que ses clients autistes accordaient autant d’importance aux relations en ligne qu’aux relations réelles :« En ce qui concerne les amitiés via ces communautés en ligne, ils les considèrent absolument comme de vraies amitiés. » Parfois, les relations en ligne se transformaient en amitiés réelles, apportant un certain soulagement aux parents ; cependant, ce désir de connexion rendait ces personnes autistes plus vulnérables à l’exploitation par des groupes prédateurs.
« Il a rencontré des gens via différents sites qui étaient locaux. Ces personnes étaient dans ma maison et je leur ai servi de la limonade et des biscuits. Je n’avais aucune idée. Ils étaient des leaders et ils le manipulaient. On avait l’impression qu’il était ce solitaire sur lequel ils se jetaient. » — P4
Dynamiques familiales complexes.
Les deux groupes ont décrit que les personnes autistes dont ils avaient connaissance avaient grandi dans des foyers fragmentés avec des systèmes de soutien perturbés. Certains parents ont exprimé un sentiment de culpabilité concernant le soutien insuffisant durant les années formatives, laissant un vide comblé par des influences nocives.
« J’ai l’impression de vraiment l’avoir laissé tomber. C’est vraiment horrible de se rendre compte qu’on a laissé son enfant dans un environnement où il pouvait être exploité… Peut-être que si j’avais été plus attentif un peu plus tôt, j’aurais pu obtenir un meilleur soutien, ou j’aurais pu être plus conscient. Je ressens un grand degré de responsabilité. » — P2
Les cliniciens ont noté que, même au sein de familles apparemment soutenantes, certains clients autistes éprouvaient des difficultés à s’intégrer dans la dynamique familiale et cherchaient du soutien ailleurs.« Ils vivaient physiquement dans la maison avec leur famille. Leur soutien social ne provenait pas de la famille, mais de personnes en ligne ou de personnes qui les avaient initialement recrutés ou orientés vers ces groupes. » — C3, analyste comportemental
Systèmes défaillants et lacunes dans le soutien.
Les deux groupes ont attribué l’engagement des personnes autistes dans des idéologies extrêmes aux défaillances des systèmes de santé et des services sociaux. Toutefois, des points de vue divergents sont apparus quant à la responsabilité. Certains cliniciens ont rappelé des situations où les parents n’avaient pas suivi les recommandations cliniques, manquant ainsi des occasions de diagnostic, d’intervention et de prévention possible de l’engagement dans l’extrémisme.
« [L’autisme] avait été évoqué dès la petite enfance… les parents ont un peu laissé tomber… [L’école] a pris en charge certains domaines où [le client] avait besoin de soutien, mais ils ont parlé de trouble de la communication, puis les parents ne sont jamais revenus sur la question de l’autisme… ils n’ont jamais cherché de ressources quand il en avait vraiment besoin. » — C4, psychologue
Les parents soutenaient au contraire que les cliniciens avaient négligé la présentation nuancée de l’autisme chez leurs enfants, ce qui avait conduit à des diagnostics inexacts et à un manque de soutien.« Je savais que quelque chose n’allait pas, [mais] personne ne m’a aidée. J’aurais voulu que les médecins passent un peu plus de temps avec lui pour comprendre, et aussi avec moi pour poser des questions et simplement écouter. Je ne me suis pas sentie écoutée, je ne me suis pas sentie entendue. » — P4
Les parents ont également rapporté que certains cliniciens refusaient des suivis parce que leurs valeurs personnelles entraient en conflit avec les idéologies de la personne autiste :« Le [conseiller] a dit : “Je suis extrêmement à gauche et je ne suis pas d’accord avec votre fille, donc je ne pense pas pouvoir la suivre.” C’est comme : “quoi ? Vous êtes thérapeute.” » (P2).Les parents ont évoqué des défaillances plus larges du système de santé, notamment des politiques et procédures qui restreignent l’accès aux soins durant des fenêtres d’opportunité de plus en plus réduites.
« [Mon fils] est allé en consultation parce que je l’y ai supplié. Le conseiller est sorti, m’a invitée dans la pièce et, devant mon fils, a dit : “Il ne veut pas venir ici. Et comme son [18e] anniversaire est dans quelques mois, il n’y est pas obligé.” Je me suis dit : “vous venez de ruiner la possibilité qu’il obtienne le peu d’aide dont il a besoin.” À ce stade, il était déjà impliqué dans [l’extrémisme]. » — P4
De même, les cliniciens ont discuté des implications du fait de « sortir du système » (par exemple, l’arrêt des financements et services destinés à l’enfance). Cela coïncide avec la transition vers l’âge adulte et l’augmentation de l’autonomie, rendant les individus plus vulnérables à l’attrait des idéologies extrêmes.« Dans le champ de l’autisme, on parle souvent de cette chute brutale lorsque les services scolaires prennent fin. C’est fréquemment à ce moment-là que les personnes se replient sur elles-mêmes. À mesure que ces soutiens disparaissent, elles passent plus de temps seules et deviennent plus isolées dans le monde quotidien. Je vois cela comme une période de grande vulnérabilité. » — C5, psychiatre
Les participants ont également souligné que les écoles répondaient insuffisamment aux besoins neurodivergents, ce qui se traduisait par un soutien inadéquat et un vide conséquent.« [Mon fils] recevait toujours beaucoup de compliments pour son intelligence… et très peu de soutien pour ce qu’il était en tant que personne… [ses] déconnexions sociales, ses faux pas, ses problèmes avec l’autorité. Ils disaient qu’il avait un trouble émotionnel. C’était totalement erroné, parce que leur réponse consistait à lui coller un accompagnant. » — P5
Caractéristiques autistes et neurodivergentes dans un contexte de risque.
Les deux groupes ont reconnu que l’autisme en soi n’est pas un facteur déterminant unique de l’engagement dans des idéologies extrêmes. En revanche, certaines facettes de l’autisme — notamment les différences de traitement cognitif et social, le besoin de structure et de routine, ainsi que l’hyperfixation — peuvent accroître la vulnérabilité lorsqu’elles se combinent à d’autres facteurs contributifs.
« Si vous êtes autiste et passez beaucoup de temps en ligne à hyperfixer sur [un jeu], c’est inoffensif. Mais si vous êtes du type socialement isolé, très intéressé par l’histoire, issu d’une famille plutôt de droite, ou… avec une sorte de prédisposition, par exemple une mauvaise expérience personnelle avec une minorité dans votre communauté, je pense que c’est une recette pour ce qui se passe. » — F1
Différences de traitement cognitif et social.
Certains parents et cliniciens ont indiqué que les personnes évoquées avaient des difficultés de prise de perspective, peinant à comprendre et à considérer les pensées, les émotions et les points de vue d’autrui lorsqu’ils différaient des leurs :« Il découvrait ce que c’étaient que les mèmes. Il lui est devenu très difficile de percevoir le sarcasme, ou la zone grise, ou de comprendre que ce n’était pas le message intentionnel mais de la satire. » (P3).Cette difficulté façonnait leur système de valeurs, conduisant à des positions extrêmes ou rigides sur des questions éthiques complexes.
« Il a commencé à regarder le monde comme une transaction… Il s’intéressait à Darwin et à la sélection naturelle… “Pourquoi quelqu’un qui sait qu’il va avoir un enfant handicapé n’avorterait-il pas ?” Il se demandait quelle valeur ces personnes apportaient à la société. » — P3
Parallèlement, les participants ont souligné que de nombreuses personnes autistes impliquées dans des idéologies extrêmes avaient tendance à percevoir le monde de manière binaire. Les groupes extrémistes proposaient des cadres simplifiés et dichotomiques (par exemple « nous » contre « eux ») « … qui effacent la complexité et les nuances de la vie » (P2), ce qui correspondait à leur style cognitif.
« J’ai l’impression qu’il y a une plus grande susceptibilité, surtout s’il n’y a pas eu d’informations préalables sur la manière de distinguer l’information de la désinformation ou les faits des théories du complot. Chez les personnes avec TSA, je pense qu’il existe une vulnérabilité accrue à entendre quelque chose et à le prendre tel quel. » — C1, travailleur social
Enfin, les participants ont décrit un continuum de conscience et de compréhension des normes et limites sociales chez ces personnes autistes. Les cliniciens, en particulier, ont décrit certains de leurs clients comme ayant des difficultés à discerner les intentions sociales et à anticiper les conséquences — les « et si » (C3, analyste comportemental) — de leurs actes.
« Vous et moi tracerions probablement une limite à un moment donné avant d’entrer dans une activité criminelle. Même si nous adhérions fortement à une partie de l’idéologie de ces groupes, nous tracerions une limite. Dans les cas auxquels j’ai été confronté, ils ne voyaient même pas la ligne. Quelle ligne ? » — C3, analyste comportemental
Les deux groupes de participants ont également noté que nombre de ces personnes autistes dissimulaient activement leur engagement. En effet, de nombreux parents ignoraient totalement l’implication de leur enfant jusqu’à l’apparition de conséquences.
Nous n’avions aucune idée qu’il avait établi des contacts internationaux. J’[étais] dans un magasin en train d’acheter le [journal], parce qu’il y avait un article qu’ils avaient publié sur [l’organisation] et l’extrémisme. Je lis cet article… et je me dis : « oh mon Dieu ! Mon fils est impliqué ! ». À ce moment-là, mon voisin m’appelle : « le FBI, le SWAT, la police ont un bélier et leurs armes pointées sur ta maison »… Quand j’arrive, ils fouillent toute la maison. Le FBI sort. Je tiens le journal et je dis : « Je pense que mon fils est en contact avec ces gens ». Et il me répond : « Vous n’avez aucune idée à quel point il est en contact avec eux ». — P3
Les participants ont attribué cette dissimulation à la peur du jugement, de la stigmatisation ou de représailles.
L’idéologie et la vision du monde sont souvent très intériorisées, ou quelque chose que l’on garde secret vis-à-vis d’autres communautés, et quand cela émerge, cela conduit presque toujours à un conflit. Cela devient un facteur supplémentaire d’isolement… des personnes avec lesquelles ils avaient une relation cordiale ou qu’ils pouvaient fréquenter poliment ne le veulent plus ou ne le peuvent plus. — C1, travailleur social
Les cliniciens ont interprété ce comportement comme un signe de conscience sociale et d’agentivité : « Même si l’on suppose que les personnes autistes ont des difficultés à lire le contexte social, j’ai beaucoup de [clients] qui savent que, dans certaines circonstances, ils doivent cacher ces idées. [Ils sont] capables de dissimuler [leurs] idées. » (C2, psychologue)
Recherche de structure dans un monde incertain.
Certains participants ont noté que l’engagement dans des idéologies extrêmes était souvent précédé par une crise impliquant une perte de structure et de routine dans la vie de la personne autiste, perte qui était ensuite compensée par la certitude offerte par l’idéologie.
La pandémie de [COVID-19] a bouleversé beaucoup de routines [et] de lieux naturels de connexion, d’activité et d’exploration. Ces groupes [de haine] sont alors arrivés en disant : « voici la réponse. Voici le noir et blanc de ce qui se passe pour voir le monde. » — C1, travailleur social
Les participants ont également décrit comment la rapidité des transformations sociétales peut générer de la peur et une angoisse existentielle chez les personnes autistes, les incitant à s’attacher à des environnements, tels que les groupes haineux, qui offrent stabilité et prévisibilité.
J’ai l’impression que beaucoup d’institutions sont en mutation. Il y a un potentiel pour que les gens aient très peur et s’accrochent à la sécurité… Si vous êtes blanc, masculin, et peut-être sur le spectre, cela peut être très effrayant, parce que quand vous entendez « changement », vous pensez que ce sera quelque chose d’horrible. — P5
Centres d’intérêt à « vision tunnel ».
Les participants ont observé que l’hyper-fixation peut faciliter l’immersion dans des idéologies extrêmes.
Ils s’hyper-fixent sur ces sous-cultures internet qui les entraînent vers des idéologies à part entière. Il y en a différentes variantes. Pour mes amis, cette variante, c’était l’histoire européenne et les guerres européennes anciennes… cela suffisait comme lubrifiant pour glisser vers toutes sortes de positions politiques qui vont avec. Quand on est autiste et qu’on consomme énormément de contenu en ligne et qu’on est le type de personne qui veut vraiment tout approfondir… si on prend un livre comme [caviardé], cela devient une Bible personnelle. — F1
L’hyper-fixation exigeait un investissement temporel considérable, souvent rendu possible par une insertion professionnelle marginale et un temps libre important.
Quand on regarde l’historique de recherche, on voit juste des heures et des heures. Ce sont généralement des personnes qui ne travaillent pas, avec très peu d’engagements et très peu d’interactions sociales pendant la journée. Elles passent la journée entière en ligne. — C4, psychologue
Cette hyper-fixation, selon les participants, permettait à ces personnes autistes de développer une expertise dans la navigation des espaces codés, des terminologies et de la culture des groupes extrémistes en ligne.
Ces groupes sont protégés par la profondeur à laquelle ils sont enfouis sur internet. Il faut donc être assez aguerri pour trouver les plateformes où ils opèrent, savoir les utiliser, savoir effacer ses traces… il existe des murs de vocabulaire qui nécessitent un investissement massif de temps pour être décodés et pour pouvoir participer aux échanges. Je pense que ces barrières servent à protéger les groupes, et qu’on peut les franchir si on le veut. Mais qui va investir le temps nécessaire pour apprendre le bon vocabulaire afin de ne pas se faire remarquer ? — C5, psychiatre
L’immersion dans ces espaces idéologiques extrêmes leur offrait un savoir de niche qui, en retour, leur donnait un sentiment de pouvoir.
S’il est curieux de quelque chose de nouveau, il devient expert. [Il est] polymathe… il sait beaucoup de choses sur beaucoup de sujets. À chaque fois qu’une personne sur 4chan, Discord ou Reddit mentionnait un livre sur l’un de ces thèmes — qu’il s’agisse d’un groupe, du nazisme, du fascisme ou autre — il l’avait entre les mains… il est capable de parler comme s’il faisait autorité… et, d’une certaine manière, il devient sur-valorisé, peut-être endoctriné. — P3
Les participants ont reconnu que l’hyper-fixation peut être une arme à double tranchant, selon la manière dont elle est orientée.
Si quelqu’un qui n’est pas autiste veut chercher des statistiques sur le viol, il en aura fini en vingt minutes. Ce [jeune autiste]-là a plongé dedans et n’a fait que continuer, encore et encore. Cette persistance sur un sujet et cette poursuite prolongée peuvent être un atout énorme chez beaucoup de personnes autistes quand c’est appliqué à certaines choses. Mais dans ce cas-ci, cela peut vraiment devenir un handicap. — C4, psychologue
Négocier une identité complexe.
Les participants ont décrit comment les personnes autistes engagées dans des idéologies extrêmes avaient des compréhensions variables de leur identité autistique ; se dissociaient d’identités immuables pour faire face à l’exclusion sociale ; et adoptaient des identités alternatives pour s’affirmer.
Comprendre leur identité autistique.
Les participants ont identifié une gamme d’identités et de rapports au diagnostic chez les personnes autistes engagées dans des idéologies extrêmes.
Certaines, souvent non diagnostiquées, reconnaissent leur différence sans en comprendre la cause. D’autres, généralement diagnostiquées précocement, intègrent l’autisme de manière positive dans leur identité. Certaines acceptent leur diagnostic mais restent perplexes face aux difficultés qu’elles rencontrent : « quand ils ont un problème d’interaction avec [les femmes], ils ne comprennent pas que cela puisse être lié à leur condition » (C2, psychologue). D’autres encore, souvent diagnostiquées plus tard dans la vie, rejettent purement et simplement l’étiquette. Les cliniciens ont attribué ce rejet au modèle dominant centré sur les déficits.
S’ils connaissaient des personnes autistes à l’école, c’étaient des personnes correspondant à la définition de l’autisme des années 1980, avec des stéréotypes évidents ou semblant très différentes… parfois avec une déficience intellectuelle. Il y avait une vraie réticence à s’identifier à cela, parce que cela semblait très éloigné de qui ils étaient. — C4, psychologue
Ces expériences psychologiques négatives ont pu les conduire à rejeter le diagnostic ou les aides, parce qu’ils avaient déjà trouvé des « manières de donner sens au monde dans leur esprit » (C4, psychologue). Un clinicien a identifié qu’un rapport négatif à sa neurodivergence pouvait accroître la vulnérabilité aux idéologies extrêmes.
Ces personnes qui s’engagent dans l’extrémisme ou flirtent avec celui-ci sont beaucoup moins susceptibles d’avoir une identité autistique positive. Elles diront : « j’ai un TDAH », ou une autre étiquette adjacente à laquelle elles s’accrochent et avec laquelle elles sont plus à l’aise. — C4, psychologue
Reconstruire l’identité pour gérer le pouvoir et le statut social.
Les participants ont rapporté que les personnes autistes de leurs récits, porteuses de plusieurs identités marginalisées, éprouvaient des difficultés d’acceptation de soi et se distançaient de ces identités, produisant des récits identitaires paradoxaux.
Mon [grand-père] était dans un camp de concentration [pendant la Seconde Guerre mondiale]… [Mon fils], pour une raison étrange, a déformé l’histoire et a dit que mon grand-père était… sympathisant nazi… pour que cela corresponde à son récit. J’ai aussi découvert que mon fils faisait de la reconstitution de la Seconde Guerre mondiale en nazi. — P4
Les cliniciens ont indiqué que l’alignement avec des idéologies extrêmes pouvait être une tentative d’extériorisation de conflits internes afin de s’opposer à ce que la personne n’aime pas en elle-même.
Je pense toujours à cela comme à une formation réactionnelle. L’idée qu’il y a quelque chose chez soi avec laquelle on est mal à l’aise, que l’on déteste vraiment. Et donc on la retourne et on l’extériorise. — C4, psychologue
Le coût émotionnel d’un rejet persistant diminuait le sentiment d’agentivité de ces personnes autistes, les poussant à chercher des moyens de reprendre du pouvoir. Certaines adoptaient des identités alternatives pour échapper à leur réalité sociale. Plusieurs participants ont décrit comment le jeu vidéo permettait à ces personnes d’endosser des rôles de pouvoir et d’importance, en rupture avec leur réalité, et de s’immerger dans des mondes de fantasy.
C’est un fantasme de pouvoir pour des personnes très investies dans leur héritage blanc… surtout dans les jeux sur la Seconde Guerre mondiale où elles peuvent vivre dans une réalité où les dictatures existent encore. Elles peuvent combattre en faisant partie de ce truc fasciste. — F1
Beaucoup de ces personnes autistes adoptaient également l’identité de « troll », en provoquant ou en antagonisant les autres par des déclarations ou des comportements incendiaires.
[Mon] fils disait : « oh, je peux attirer beaucoup d’attention en portant une casquette Make America Great Again. » Nous vivons dans une zone très libérale. Il portait cette casquette juste pour choquer. — P5
Les participants estimaient que ces provocations servaient de mécanisme d’auto-protection, visant à transmettre un message d’invulnérabilité et à reprendre le contrôle de leur propre souffrance.
… cela provoque des réactions fortes chez les autres, et c’est la mentalité du troll : tirer une forme de plaisir de cette provocation… en faisant le salut nazi ou en faisant l’éloge des nazis. C’est comme s’ils mettaient en scène leurs propres rejets, en en faisant quelque chose qu’ils choisissent plutôt que quelque chose qui leur est imposé. — C2, psychologue
Une pente glissante.
Les cliniciens ont identifié un schéma d’engagement chez leurs clients, qui commençait généralement par une consommation proximale ou passive de contenus extrémistes : « observer et absorber l’information » (C4, psychologue), « traîner sur des forums… apprendre le vocabulaire » (C5, psychiatre), et « lire seul, sans établir de relations » (C1, travailleur social). Cette consommation passive devenait renforçante, car « plus on s’enfonce, plus on y est lié » (C5, psychiatre).
… il était un peu préparé, quelque part sur Reddit, les Chans, Discord et tous les autres endroits où il passait du temps. Il a commencé à voir des choses. Il faisait juste des commentaires en passant. Les questions de genre ont toujours été au cœur de tout ça. Il est farouchement anti-avortement. Puis j’ai commencé à voir de plus en plus d’antisémitisme et de négation de l’Holocauste. — P2
Les participants ont décrit que les personnes autistes qu’ils connaissaient, engagées dans des idées extrêmes, avaient souvent « des gens qui leur chuchotaient à l’oreille… qui leur insufflaient des idées » (P5), et adoptaient des récits résonnants comme explication définitive de leur expérience.
J’ai un client qui a beaucoup de premiers rendez-vous, mais jamais de seconds. Au début, il ne faisait référence à aucun matériel idéologique, mais plus il avançait, plus des thèmes issus des milieux incel apparaissaient. Et à un moment donné, il n’était plus capable de décrire ses interactions autrement que par ce prisme. — C2, psychologue
Les idéologies extrêmes ont été identifiées soit comme point d’entrée, soit comme point d’aboutissement d’une « pente glissante » (C5, psychiatre). L’engagement initial était renforcé par les algorithmes des réseaux sociaux, qui maximisent l’engagement en suggérant des contenus sensationnalistes. Une activité en ligne excessive, amplifiée par ce renforcement algorithmique, exposait les personnes autistes à des récits résonnants qui, combinés à l’hyper-fixation, créaient un cycle auto-renforcé d’engagement.
… voir quelque chose aux informations sur un conflit au Moyen-Orient… ils commencent des recherches, tombent dans des terriers sans fin, pour ainsi dire, puis trouvent des groupes avec des messages très clairs qui disent : « voici ce qui se passe, voici comment être actif maintenant, voici comment faire partie de quelque chose de plus grand que soi. » — C1, travailleur social
À mesure que ces personnes autistes s’enfonçaient dans ces communautés idéologiques, établissaient des relations et recevaient de la validation, l’idéologie devenait leur identité : « On devient identifié dans cette communauté comme quelqu’un de respectable. Et cela solidifie une position. » (C5, psychiatre)
À mesure que leur sentiment d’appartenance s’intensifiait, ils s’engageaient davantage dans ces positions radicales (nationalisme blanc, antisémitisme, misogynie) et passaient d’une implication passive à une participation active.
Généralement, ça commence par des rassemblements. Ils viennent écouter quelqu’un faire un discours… puis leur implication en ligne devient plus substantielle. Ils peuvent rejoindre les organisations, puis être sollicités ou se porter volontaires pour faire quelque chose de plus significatif, ce qui est généralement là que les poursuites pénales apparaissent… ils deviennent les fantassins de ces groupes. — C3, analyste du comportement
Discussion
Cette étude a exploré les facteurs personnels et contextuels ayant influencé l’engagement de personnes autistes dans des idéologies extrêmes, du point de vue de leurs proches et de cliniciens exerçant dans ce domaine. Conformément à notre étude précédente, les proches et les cliniciens ont relié cet engagement à la vulnérabilité sociale, aux traumatismes et aux lacunes des systèmes de soutien, tout en mettant en lumière des facteurs nouveaux : développement identitaire, différences cognitives et sociales, et rôle du temps non structuré dans l’immersion idéologique. Dans notre étude antérieure, nous suggérions également que certaines personnes autistes conservaient une agentivité malgré une vulnérabilité apparente ; les données actuelles vont dans le même sens.
Les vulnérabilités sociales sont un facteur de risque bien documenté de radicalisation, quel que soit le neurotype. Toutefois, les personnes autistes peuvent être exposées à un risque accru en raison de la fréquence et de l’intensité de l’exclusion sociale qu’elles subissent. Nos résultats suggèrent que les personnes autistes engagées dans des idéologies extrêmes subissent une exclusion significative au-delà des différences de communication sociale décrites dans les critères diagnostiques de l’autisme, incluant des maltraitances interpersonnelles et systémiques. Près de la moitié des personnes autistes subissent des formes de victimisation au cours de leur vie, ce qui peut nourrir un sentiment de persécution. La marginalisation systémique, comme des soutiens inefficaces et limités dans le temps, peut renforcer les sentiments d’invisibilité et d’exclusion, faisant écho à un résultat central de nos travaux précédents. Ces expériences constantes peuvent pousser certaines personnes autistes vers des sources alternatives de validation, d’appartenance et de sens.
L’identité a joué un rôle central dans l’engagement autistique dans les idéologies extrêmes. Les cliniciens ont principalement observé des jeunes hommes autistes, blancs et cisgenres, à risque. Bien que les données empiriques sur l’autisme et l’extrémisme soient limitées, la littérature générale sur l’extrémisme montre que les auteurs sont fréquemment des hommes blancs, indépendamment de la neurodivergence. Le groupe décrit se situe à l’intersection d’un privilège social et racial et d’une marginalisation neurodivergente. Cette intersection, combinée aux normes de la masculinité hégémonique (stoïcisme émotionnel, autosuffisance, agressivité), peut contribuer à l’engagement extrémiste et mérite des investigations empiriques supplémentaires.
Une identité autistique négative, souvent associée à un diagnostic tardif, a été perçue comme un facteur de vulnérabilité aux idéologies extrêmes, ce qui peut être compris à travers la théorie de l’identité sociale. Lorsque l’identité sociale d’un groupe est dévalorisée, les individus développent diverses stratégies pour préserver leur estime de soi. Les personnes neurodivergentes sont fréquemment stigmatisées. Beaucoup recourent au masquage de leur identité autistique pour survivre socialement. L’adoption d’identités alternatives (trolls, personnages de jeux vidéo) peut fonctionner comme une forme de masquage, permettant d’échanger une expérience d’impuissance réelle contre un sentiment de contrôle et d’appartenance. Certaines personnes autistes portant des identités marginalisées supplémentaires peuvent paradoxalement s’aligner sur des idéologies opposées à certains aspects d’elles-mêmes. Ces dynamiques, peu étudiées, soulèvent des questions importantes pour la recherche future. En prévention, les cliniciens devraient accorder une attention particulière aux enjeux identitaires dans leurs approches thérapeutiques.
Parents et cliniciens ont attribué une part de responsabilité à l’autre groupe. Cette dynamique révèle un système de soins souvent réactif plutôt que proactif, où des fenêtres critiques d’intervention sont manquées. Plutôt que de désigner des responsables, cela met en évidence des défaillances structurelles.
Les participants ont identifié certaines caractéristiques de l’autisme pouvant accroître la vulnérabilité à l’extrémisme, sans que cela implique que toutes les personnes autistes y soient enclines. Nos travaux antérieurs montraient que certains trouvaient une forme d’« adéquation » au sein de groupes extrémistes offrant hyper-fixation, prévisibilité et validation émotionnelle. Le présent travail ajoute que les différences cognitives et sociales influencent l’engagement initial et continu. La participation dissimulée démontre également une agentivité, soulignant la complexité de ces trajectoires. Des interventions individualisées restent essentielles.
Le désir d’ordre et de prévisibilité, combiné à l’isolement social, au temps libre et à une forte présence en ligne, peut accroître les risques de radicalisation. Identifier les périodes critiques de vulnérabilité — chômage, transitions éducatives — est essentiel.
Les algorithmes des réseaux sociaux, conçus pour maximiser l’engagement, peuvent pousser des personnes vulnérables vers des contenus sensationnalistes ou extrêmes, créant des boucles de renforcement. Les entreprises et les décideurs politiques doivent assumer une plus grande responsabilité. Une éducation aux médias numériques neuro-inclusive pourrait également être bénéfique.
Limites
Les points de vue parentaux, amicaux et cliniques reposent sur des perceptions indirectes. Nous n’avons pas interrogé les participants sur leur propre neurodivergence ou leurs expériences idéologiques, limitant l’interprétation. Les parents peuvent minimiser l’agentivité de leurs enfants. Les perspectives cliniques ne couvrent pas les personnes exclues des systèmes de soins. Les contextes sociopolitiques spécifiques limitent la généralisation hors Amérique du Nord.
Conclusion
L’autisme, à lui seul, n’explique pas l’engagement dans des idéologies extrêmes. La vulnérabilité sociale et l’auto-exclusion jouent un rôle majeur, en interaction avec certains traits autistiques. Nous soulignons explicitement ce point afin d’éviter de renforcer le stéréotype de « l’autiste violent » et de situer le risque dans des contextes sociaux plus larges. Ces résultats appellent des interventions précoces, nuancées et multiniveaux, favorisant une identité positive, soutenant les transitions de vie et préparant les personnes autistes à ce qu’elles peuvent rencontrer en ligne.
Contributions des auteurs
M.P. a conceptualisé et conçu l’étude, mené la collecte des données et contribué de manière significative à la rédaction du manuscrit. S.W. a réalisé l’analyse des données et assuré la rédaction principale de l’article. Les autres auteurs ont participé aux réunions d’équipe, contribué à l’analyse, apporté un apport intellectuel critique et relu l’article. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale de l’article.
Déclaration de divulgation des auteurs
M.P. a reçu des financements de conseil de la part de Roche/Addis and Associates et de la province de Nouvelle-Écosse. Elle a également bénéficié de financements sous forme de subventions provenant des Instituts de recherche en santé du Canada, du New Frontiers in Research Fund et d’Autism Speaks. Aucun conflit d’intérêts financier concurrent n’est déclaré pour les autres auteurs.
Informations sur le financement
Ce travail a été soutenu par le New Frontiers in Research Fund (NFRFE-2019-01579).
Matériel supplémentaire
Annexe supplémentaire A1Annexe supplémentaire A2
Télécharger l'article original en anglais
Références
Cassam Q. L’extrémisme : une analyse philosophique. Routledge.
Neumann PR. Les problèmes de la radicalisation. International Affairs. 2013;89(4):873–893. Disponible sur : https://academic.oup.com/ia/article/89/4/873/2417160
Borum R. La radicalisation vers l’extrémisme violent I : revue des théories en sciences sociales. JSS. 2011;4(4):7–36; doi: 10.2307/26463910 /10.5038/1944-0472.4.4.1
Allely CS, Faccini L. Le modèle du « chemin vers la violence intentionnelle » pour comprendre la violence de masse : le cas d’Elliot Rodger. Aggression and Violent Behavior. 2017;37:201–209; doi: 10.1016/j.avb.2017.09.005
Shafieioun D, Haq H. La radicalisation dans une perspective sociétale. Frontiers in Psychology. 2023;14(May):1197282; doi: 10.3389/fpsyg.2023.1197282
Warrell H. L’« autisme instrumentalisé » et la menace extrémiste visant les enfants. Financial Times. Publication en ligne le 18 octobre 2024. Disponible sur : https://www.ft.com/content/536c0f10-5011-4329-a100-c2035e32e602 [Consulté le 26 mai 2025].
Stallcop J. Sur le spectre, au fond du terrier : autisme et extrémisme. Medium. 2 décembre 2022. Disponible sur : https://medium.com/@josephstallcop/on-the-spectrum-down-the-rabbit-hole-autism-and-extremism-44478fae3b3a [Consulté le 26 mai 2025].
Al-Attar Z. Troubles du spectre de l’autisme et terrorisme : comment certaines caractéristiques de l’autisme peuvent contextualiser la vulnérabilité et la résilience. Journal of Forensic Psychiatry and Psychology. 2020;31(6):926–949; doi: 10.1080/14789949.2020.1812695
Salman NL, Al-Attar Z. Autisme et extrémisme : les questions que les praticiens opérationnels devraient se poser. 2023. Disponible sur : https://crestresearch.ac.uk/site/assets/files/4840/23-054-01_practitioner_report_autism_and_extremism.pdf [Consulté le 26 mai 2025].
Grierson J. Nombre « stupéfiant » de personnes autistes dans le programme britannique Prevent. The Guardian. 7 juillet 2021. Disponible sur : https://www.theguardian.com/uk-news/2021/jul/07/staggeringly-high-number-of-people-with-autism-on-uk-prevent-scheme
Dearden L. Des enfants parmi le nombre « stupéfiant » de personnes autistes attirées vers le terrorisme, alerte un organisme de surveillance. The Independent. 7 juillet 2021.
Houpt S. À la suite d’une tragédie par arme à feu aux États-Unis, il est temps de parler aussi de santé mentale. The Globe and Mail. 16 décembre 2012. Disponible sur : https://www.theglobeandmail.com/news/world/in-wake-of-us-shooting-tragedy-its-time-to-talk-about-mental-health-too/article6462434/
Hodges H, Fealko C, Soares N. Trouble du spectre de l’autisme : définition, épidémiologie, causes et évaluation clinique. Translational Pediatrics. 2020;9(Suppl 1):S55–S65; doi: 10.21037/tp.2019.09.09
Shah PJ, Boilson M, Rutherford M, et al. Troubles du neurodéveloppement et neurodiversité : définitions proposées par l’équipe nationale écossaise de mise en œuvre de l’autisme. British Journal of Psychiatry. 2022;221(3):577–579; doi: 10.1192/bjp.2022.43
Druitt F, Smith D, Spaaij R, Kernot D, Laver A. Les troubles du spectre de l’autisme augmentent-ils le risque d’engagement terroriste ? Revue de la littérature, cadres théoriques et discussion reconfigurant le débat recherche–pratique. Journal of Policing, Intelligence and Counter Terrorism. 2023;18(3):307–332; doi: 10.1080/18335330.2022.2158361
Worthington R, Al-Attar Z, Lewis A, Pyszora N. Évaluation rapide des données probantes (REA) sur la neurodiversité et l’extrémisme violent. 2021.
Lazzari C, Nusair A, Rabottini M. Psychiatrie de la radicalisation et du terrorisme chez le « loup solitaire », les enfants et les femmes : une approche e-ethnographique. AJPN. 2019;7(3):57; doi: 10.11648/j.ajpn.20190703.12
Walter F, Leonard S, Miah S, Shaw J. Caractéristiques du trouble du spectre de l’autisme et susceptibilité à la radicalisation chez les jeunes : étude qualitative. Journal of Forensic Psychiatry and Psychology. 2021;32(3):408–429; doi: 10.1080/14789949.2020.1854831
Brewer N, Young RL. Crime et trouble du spectre de l’autisme : mythes et mécanismes. Jessica Kingsley Publishers; 2015.
Al-Attar Z. L’audition de suspects et d’auteurs d’actes terroristes présentant un trouble du spectre de l’autisme. International Journal of Forensic Mental Health. 2018;17(4):321–337; doi: 10.1080/14999013.2018.1519614
Rousseau C, Johnson-Lafleur J, Ngov C, et al. Griefs sociaux et individuels et attraction pour les idéologies extrémistes chez des personnes autistes : enseignements tirés d’un échantillon clinique. Research in Autism Spectrum Disorders. 2023;105:102171–12; doi: 10.1016/j.rasd.2023.102171
Wijekoon S, Robison J, Welch C, et al. Neurodivergence et le « terrier » de l’extrémisme : exploration de l’expérience vécue. Autism in Adulthood. 2024; doi: 10.1089/aut.2023.0192
Bronfenbrenner U. L’écologie du développement humain : expériences de la nature et du design. Harvard University Press; 1979.
Annells M. La méthode de la théorie ancrée : perspectives philosophiques, paradigmes de recherche et postmodernisme. Qualitative Health Research. 1996;6(3):379–393; doi: 10.1177/104973239600600306
Appleton JV, King L. Du questionnement philosophique du constructivisme aux pragmatiques méthodologiques de la recherche en services de santé. Journal of Advanced Nursing. 2002;40(6):641–648; doi: 10.1046/j.1365-2648.2002.02424.x
Howell KE. Introduction à la philosophie de la méthodologie. 1re éd. SAGE; 2016.
McGrath R. Journal de terrain et mémoïsation : outils réflexifs de la recherche qualitative. In : Handbook of Qualitative Research Methodologies in Workplace Contexts. Edward Elgar Publishing; 2021:245–262.
Braun V, Clarke V. Réflexions sur l’analyse thématique réflexive. Qualitative Research in Sport, Exercise and Health. 2019;11(4):589–597; doi: 10.1080/2159676X.2019.1628806
Braun V, Clarke V. L’analyse thématique : guide pratique. SAGE; 2022.
Lyons-Padilla S, Gelfand MJ, Mirahmadi H, Farooq M, Van Egmond M. N’appartenir à nulle part : marginalisation et risque de radicalisation chez les immigrés musulmans. Behavioral Science & Policy. 2016.
Harpviken AN. Vulnérabilités psychologiques et extrémisme chez les jeunes occidentaux : revue de la littérature. Adolescent Research Review. 2020;5(1):1–26; doi: 10.1007/s40894-019-00108-y
Woodbury-Smith MR, Loftin R, Westphal A, Volkmar FR. Vulnérabilité à la violence idéologiquement motivée chez les personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme. Frontiers in Psychiatry. 2022;13:873121–16; doi: 10.3389/fpsyt.2022.873121
Park I, Gong J, Lyons GL, et al. Prévalence et facteurs associés au harcèlement scolaire chez les élèves autistes : méta-analyse interculturelle. Yonsei Medical Journal. 2020;61(11):909–922; doi: 10.3349/ymj.2020.61.11.909
Trundle G, Jones KA, Ropar D, Egan V. Prévalence de la victimisation chez les personnes autistes : revue systématique et méta-analyse. Trauma, Violence & Abuse. 2023;24(4):2282–2296; doi: 10.1177/15248380221093689
Hamm MS, Spaaij RFJ. L’ère du terrorisme du loup solitaire. Columbia University Press; 2017.
Stahl G, Adams B, Oberg G. Comprendre le rôle de la masculinité à partir des perspectives des praticiens de la prévention de l’extrémisme violent impliqués dans la (dé)radicalisation des hommes. Gender Issues. 2024;41(4); doi: 10.1007/s12147-024-09338-4
Connell RW, Messerschmidt JW. La masculinité hégémonique : repenser le concept. Gender and Society. 2005;19(6):829–859; doi: 10.1177/0891243205278639
Tajfel H, Turner JC. Une théorie intégrative du conflit intergroupes. In : Austin WG, Worchel S., eds. The Social Psychology of Intergroup Relations. Brooks/Cole; 1979:33–47.
Cage E, Di Monaco J, Newell V. Compréhension, attitudes et déshumanisation à l’égard des personnes autistes. Autism. 2019;23(6):1373–1383; doi: 10.1177/1362361318811290
Hull L, Petrides KV, Allison C, et al. « Mettre son meilleur masque normal » : camouflage social chez les adultes autistes. Journal of Autism and Developmental Disorders. 2017;47(8):2519–2534; doi: 10.1007/s10803-017-3166-5
Welch C, Senman L, Loftin R, et al. Comprendre l’usage du terme « autisme instrumentalisé » sur une plateforme de médias sociaux d’extrême droite. Journal of Autism and Developmental Disorders. 2023;53(10):4035–4046; doi: 10.1007/s10803-022-05701-0
Perry E, Mandy W, Hull L, Cage E. Comprendre le camouflage comme réponse à la stigmatisation liée à l’autisme : une approche par la théorie de l’identité sociale. Journal of Autism and Developmental Disorders. 2022;52(2):800–810; doi: 10.1007/s10803-021-04987-w
Miller D, Rees J, Pearson A. « Le masquage, c’est la vie » : expériences du masquage chez des adultes autistes et non autistes. Autism in Adulthood. 2021;3(4):330–338; doi: 10.1089/aut.2020.0083
Hogg MA. De l’incertitude à l’extrémisme : catégorisation sociale et processus identitaires. Current Directions in Psychological Science. 2014;23(5):338–342; doi: 10.1177/0963721414540168
Macleod A, Lewis A, Robertson C. « Pourquoi devrais-je être comme ce foutu Rain Man ?! » Naviguer l’identité autistique. British Journal of Special Education. 2013;40(1):41–49; doi: 10.1111/1467-8578.12015
Moroz O, Bissell L, Burrow LE, et al. Stigmatisation par la culpabilisation maternelle et gaslighting institutionnel : occultation des défaillances des infrastructures de prise en charge du handicap de l’enfant. 2025;15.
Waltz MM. Les mères et l’autisme : l’évolution d’un discours de culpabilisation. AMA Journal of Ethics. 2015;17(4):353–358. Disponible sur : www.amajournalofethics.org
Little R, Ford P, Girardi A. Auto-radicalisation en ligne : étude de cas des vulnérabilités cognitives menant à l’extrémisme et au terrorisme individuel. JIDOB. 2021;12(3/4):112–123; doi: 10.1108/JIDOB-03-2021-0006
Allely C, Murphy D. Suspects autistes en garde à vue : enjeux affectant l’efficacité et l’équité des entretiens policiers. In : Smith T., ed. Autism and Criminal Justice. Routledge; 2023:29–44.
Gillespie-Lynch K, Kapp SK, Shane-Simpson C, Smith DS, Hutman T. Intersections entre le spectre de l’autisme et Internet : bénéfices perçus et fonctions privilégiées de la communication médiatisée par ordinateur. Intellectual and Developmental Disabilities. 2014;52(6):456–469; doi: 10.1352/1934-9556-52.6.456
Ledwich M, Zaitsev A. L’extrémisme algorithmique : analyse du « terrier » de radicalisation de YouTube. Publication en ligne le 24 décembre 2019. Disponible sur : http://arxiv.org/abs/1912.11211
Rajagopal T, Chandrashekaran V. « Ne laisser personne de côté » : empathie numérique et éducation inclusive aux médias pour les jeunes adultes autistes. International Journal of Developmental Disabilities. 2025;71(1):190–202; doi: 10.1080/20473869.2024.2418170
Soares N, Allely CS, Straub F, Penner M. Trouble du spectre de l’autisme, extrémisme et rôle des cliniciens en pédiatrie du développement et du comportement. Journal of Developmental and Behavioral Pediatrics. 2022;43(8):480–488.
Adresse de correspondance :Melanie PennerBloorview Research Institute150 Kilgour RdToronto, ON M4G 1R8CanadaEmail : mpenner@hollandbloorview.ca





Commentaires