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  • Photo du rédacteurLa petite Sirène

Papier de Jacques Robert - n°5

Dernière mise à jour : 18 mars

Qui donc menace qui ?


L’inversion victimaires par les transactivistes et leurs courtisans

La Haute autorité de santé (HAS) s’intéresse de près à la question des jeunes qui souhaitent changer de sexe. C’est un « fait de société » dans le monde occidental : Pays-Bas, pays scandinaves, Royaume-Uni, Finlande et bien sûr États-Unis sont confrontés à ce problème. La dysphorie de genre n'est plus répertoriée dans le manuel des maladies mentales mais il est évident qu’elle peut avoir un coût social élevé puisque l’Assurance maladie prend en charge la réalisation de cette transition, qui peut impliquer hormonothérapie à vie et chirurgie. Il est donc normal que la HAS s’y intéresse, s’entoure d’experts reconnus et formule des recommandations, consensuelles autant que possible. Il est plus étonnant que la Caisse d’allocations familiales (CAF), sans attendre le résultat de travaux en cours, édite un fascicule d’accompagnement des parents d’enfants « transgenres »[1]. De quels experts s’est-elle entourée pour entrer ainsi dans les relations parents–enfants ? Qui a rédigé ce fascicule d’accompagne­ment ? Il semble que l’on n’ait pas de réponses à ces questions.


Quant à la HAS, elle a créé en avril 2023 une commission « visant à améliorer le suivi médical des personnes transgenres » de plus de 16 ans. Bien qu’une autre commission de l’HAS s’appelle la « commission de transparence », la transparence n’est pas le fort de l’HAS ! Elle a refusé d’emblée d’en indiquer la composition puis, lorsque Le Figaro a révélé son infiltration par des activistes transgenres et a publié sa composition officieuse[2], elle a eu l’invraisemblable culot d’attaquer ce journal en justice[3]. Indépendamment, un tribunal administratif lui a enjoint de rendre publique cette composition après la plainte d’une association[4] – dont je ne partage pas toutes les convictions – mais elle a eu l’invraisemblable culot (bis) de contester cette décision de justice devant la Cour de cassation[5]. Du jamais vu ! Une agence de l’État conteste une décision de justice dûment motivée, et ce pour des motifs qu’il est important de citer : c’est « dans un contexte sensible avec un risque accru de pressions et des conséquences pour la vie privée des membres du groupe de travail ».


Il existe en effet une étrange collusion entre ces organismes de santé publique et un certain nombre d’activistes transgenres qui se comportent comme des prosélytes : sans expertise autre que leur « vécu » ou leur « ressenti », ils avancent des pions, tordent le cou aux approches scientifiques, avancent des chiffres sans fondement scientifique ou émanant d’études à faible niveau de preuve, incitent les adolescents à « s’informer » sur les réseaux sociaux où ils ne trouvent que des encouragements au changement de sexe et maintenant infiltrent les organismes de santé publique. L’argumentation de l’HAS pour formuler ce pourvoi en cassation est totalement fallacieuse ; l’HAS a quelque chose à cacher, bien sûr : c’est que les « experts » autoproclamés de cette commission sont des activistes ; une personne en a d’ailleurs démissionné très rapidement : elle était la seule à n’être pas convaincue des bienfaits de la prise en charge des dysphories de genre par un traitement hormonal puis chirurgical… Je ne suis pas certain que la volonté de cacher le nom de ceux qui vont émettre des « recommandations » le soit pour des raisons avouables… Patientons : nous finirons bien par connaître le fin mot de l’histoire et nous aurons peut-être des surprises.


L’HAS dans son argumentaire pratique une inversion complète des valeurs. De qui se moque-t-elle ? Qui donc menace qui ? Elle accuse ouvertement ceux qui souhaitent qu’une réflexion soit engagée au cas par cas, qui doutent que les modifications irréversibles soient une option raisonnable pour des mineurs, qui demandent un abord psychothérapeutique en première intention à la dysphorie de genre très souvent associée à d’autres troubles psychopathologiques, de se comporter en fait comme des militants qui iraient attaquer les membres de la commission qui ne pensent pas comme eux. C’est exactement l’inverse qui se produit :  l’HAS accuse les uns des méfaits précis dont les autres se rendent coupables… En effet, les activistes trans ne se contentent pas de promouvoir et d’encourager chez les adolescents le changement de sexe, ils agressent ceux qui ne pensent pas comme eux : les cas de telles agressions sont nombreux, je ne cite que deux exemples français et renvoie le lecteur aux rubriques des journaux qui les relatent :


  • Un colloque organisé par des universitaires à la faculté de droit sur les problèmes juridiques posés par la transidentité a été interrompu par des activistes voilé(e)s et masqué(e)s hurlant : « Et la fac, elle est à qui ? Elle est à nous ! Et contre les transphobes, on rend coup pour coup ! » Et ces gentils étudiants ont jeté sur les conférenciers et les auditeurs de la peinture fluo et… des vis[6] ! Il n’y avait sans doute plus de boulons au magasin de bricolage, selon le mot de Xavier-Laurent Salvador ;

  • Dans le cadre d’une « formation aux transidentités » dans une université française, en février 2024, un intervenant venu prêcher, rémunéré par l’université, a appelé à brûler le livre de Caroline Eliacheff et Céline Masson[7]. Ce n’est même plus la parole que l’on cherche à museler, ce sont les écrits, ce qui est bien plus grave. L’inculture, l’ignorance de ces idéologues est déconcertante et la participation d’universitaires à ce genre de mascarade est scandaleuse, parce que, eux, ils sont censés avoir un fonds de culture et de connaissances historiques.


Je ne sache pas, en revanche, que ceux qui contestent les pratiques complaisantes de changement de sexe des adolescents aient jamais menacé ni attaqué ceux qui ne pensent pas comme eux ! Ils avancent à visage découvert, multiplient les arguments scientifiques issus de leur expérience, demandent un moratoire à la mise en œuvre de telles pratiques ; mais jamais, au grand jamais ils n’ont lancé des boulons ou des vis à la tête des activistes, jamais ils n’ont brûlé ou proposé de brûler leurs livres, jamais ils ne s’en prendraient à la vie privée des militants !


Sans remettre en cause l’existence des agences de santé mises en place par l’État, je rappellerai quand même que, de façon non exceptionnelle, elles se comportent de façon étrange : l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) (couramment appelée Agence du médicament) a dû être remaniée de fond en comble après le scandale du médiator et remplacée par une toute nouvelle Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui n’a pas échappé à une condamnation lors du procès Servier, « pour avoir failli dans [son] rôle de police sanitaire et de gendarme du médicament », avec des amendes totalisant 303 000 euros « pour homicides et blessures involontaires par négligence[8] ». Il apparaît ainsi que les agences de l’État ne sont pas intouchables quand elles soutiennent une politique contraire à leur mission de service public. Verrons-nous un jour l’HAS condamnée pour s’être ainsi compromise et avoir soutenu un activisme néfaste aux adolescents ?


Le cas du noyautage des agences publiques par des activistes n’est pas isolé : le service national de santé britannique (NHS) l’a été aussi, comme l’a révélé le Daily Mail le 8 mars en titrant : « Comment des médecins et militants trans influents ont secrètement façonné les politiques du NHS pendant plus d’une décennie »[9]. Ils tiraient leurs pratiques d’un organisme américain semi-officiel, la World Professional Association for Transgender Health (WPATH), « principal groupe et autorité suprême de médecine trans », qui milite ouvertement pour le traitement chirurgical et hormonal des « dysphories de genre »… alors même que ses médecins révèlent, mais en privé uniquement[10], qu’ils sont inquiets du risque de cancer induit par les thérapies hormonales, en particulier, de la survenue d’un hépatocarcinome chez une personne à qui l’on a prescrit de la testostérone pendant dix ans[11]. Ces « WPATH leaks », siffleront-ils la fin de partie pour cette médecine parallèle qui agit de façon non scientifique, sans savoir à quoi elle expose les enfants et les adolescents à des thérapies non évaluées ? Vont-ils entraîner une révision des pratiques et des recommandations non justifiées de l’HAS, du NHS et des autres organismes publics ? C’est tout que l’on peut souhaiter…

 

Jacques Robert

 

Je remercie Caroline Eliacheff et Céline Masson pour leur relecture critique et constructive de ce billet.


 

[6] Hommage des vis à la vertu ?

[7] Eliacheff C, Masson C. La fabrique de l’enfant transgenre. Éditions de l’Observatoire, 2022.

[10] Un médecin du groupe a fort heureusement fait « fuiter » ces échanges alarmants.


 

Jacques Robert est professeur émérite de cancérologie à l'université de Bordeaux et praticien hospitalier honoraire à l'Institut Bergonié, le Centre de lutte contre le cancer de Bordeaux, dont il a dirigé le laboratoire de biochimie pendant plus de 35 ans.

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