Edito du 12 mai 2026
- Céline MASSON

- il y a 1 jour
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Dernière mise à jour : il y a 20 heures
Par Céline MASSON, co-directrice de l'OPS, psychanalyste, Professeure des universités en psychologie.
Le nouvel article republié sur notre site de J. Michael Bailey et Keneth Zucker mérite lecture. Ce sont deux chercheurs et psychologues spécialistes de la dysphorie de genre. Keneth Zucker est un des pionniers puisqu'il a crée un service d'identité de genre et l'a dirigé jusqu'en 2015, professeur émérite au département de psychiatrie et de psychologie de l'Université de Toronto. Il a été membre du comité du DSM-IV concernant les catégories diagnostics de "troubles de l'identité de genre chez l'enfant" et sur le "transsexualisme" de 1989 à 1994.
Dans ce texte, les auteurs s'expriment sans ambages et c'est peut être la première fois que le célèbre Ken comme on l'appelle familièrement dans les congrès s'exprime avec autant de fermeté. Les lignes bougent, les esprits s’éveillent, malgré une crainte de s’exprimer qui reste patente.
Que nous disent-ils ?
Pendant près de vingt ans, les soins dits « d’affirmation de genre » se sont imposés comme l’approche dominante auprès des mineurs présentant une dysphorie de genre. Leur principe était simple : croire l’enfant ou l’adolescent sur parole, ne pas interroger sa demande, faciliter rapidement la transition sociale puis, si possible, médicale. Toute prudence était disqualifiée comme étant de la « transphobie » ou assimilée à une « thérapie de conversion ».
Or, ce consensus est de plus en plus contesté dans le monde. Les revues systématiques récentes, le rapport Cass au Royaume-Uni, le rapport du HHS aux États-Unis, on peut citer la France (notre rapport et la proposition de loi votée au Sénat en 2024) ainsi que plusieurs révisions européennes convergent : les preuves en faveur des bénéfices des transitions médicales chez les mineurs sont faibles, voire très faibles. Les risques, eux, sont bien réels : stérilité possible, effets endocriniens, interventions irréversibles, détransition, regrets, aggravation ou persistance des troubles psychiatriques.
Il ne s’agit pas de nier la souffrance des jeunes concernés. Elle est souvent profonde, et il est urgent de la traiter. Mais c’est précisément parce qu’elle est réelle qu’elle mérite mieux qu’une réponse idéologique. Beaucoup de ces adolescents présentent une dépression, une anxiété, des troubles alimentaires, des traumatismes, des troubles neurodéveloppementaux ou des difficultés identitaires préexistantes. Réduire cette complexité à une seule explication : « tu es trans », revient à nier la complexité psychique et ne pas considérer cette période si particulière qu'est l'adolescence et ses métamorphoses en tous genres.
La psychothérapie n’est pas une thérapie de conversion lorsqu’elle cherche à comprendre, à apaiser, à différer une décision lourde, à explorer les conflits psychiques et familiaux. Elle est au contraire le seul moyen de comprendre. Le thérapeute ne peut être le médiateur et le complice d’un parcours médical mais il doit accompagner un sujet en souffrance, avec prudence, rigueur et liberté de penser. Le psychothérapeute (quelle que soit son orientation) doit se dé-sidérer.
La médecine ne peut être gouvernée par des idéologies identitaires ni reposer sur une doxa. Elle exige des preuves, le doute, une éthique de la responsabilité et le courage de résister aux intimidations comme aux pressions. Ni le thérapeute ni le médecin ne doivent chercher à être aimés de leurs patients ; leur devoir est d’abord de penser, d’évaluer et de soigner avec rigueur. Après l’ère de l’« affirmation », comme l’écrivent Zucker et Bailey, il est temps d’ouvrir celle de l’évaluation clinique, de la psychothérapie et de la responsabilité médicale. Les soignants devront faire preuve de courage : c’est à cette condition qu’ils pourront véritablement aider les jeunes et leurs familles.


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