Déclin historique des capacités cognitives : pour la première fois une génération obtient un score inférieur aux précédentes
- La Petite Sirène

- il y a 19 heures
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Un entretien intéressant paru dans The Atlantico le 17 mai 2026
Inversion historique de l’effet Flynn : dans plusieurs pays occidentaux, certaines capacités cognitives progressent moins ou reculent, notamment les compétences verbales et l’attention.
Ce déclin est lié à plusieurs facteurs convergents : les écrans récréatifs, la baisse de la lecture, la fragmentation de l’attention et la dégradation du sommeil.
La numérisation scolaire a souvent produit des effets faibles ou négatifs lorsqu’elle remplace les fondamentaux pédagogiques.
Cet enjeu dépasse l’école et touche l’innovation, la productivité, la qualité du débat démocratique et la formation du capital humain.
Synthèse :
Depuis près d’un siècle, les sociétés occidentales vivaient sur une certitude implicite : chaque génération serait plus instruite, plus performante cognitivement et mieux armée intellectuellement que la précédente. Ce progrès, connu sous le nom d’« effet Flynn », reposait sur l’amélioration des conditions de vie, de santé, d’éducation et d’accès à la culture. Or cette dynamique s’inverse aujourd’hui dans de nombreux pays développés. Pour Michel Desmurget, neuroscientifique spécialiste des effets du numérique, il s’agit d’un véritable tournant civilisationnel.
Les données observées dans plusieurs pays occidentaux montrent un recul des capacités verbales, de la compréhension de texte, de la culture générale, de la concentration et du raisonnement critique. Le phénomène touche particulièrement les compétences liées au langage et à la lecture longue, pourtant essentielles à la structuration de la pensée complexe. Selon Desmurget, ce déclin ne signifie pas que les jeunes seraient « moins intelligents » au sens absolu, mais que certaines capacités cognitives fondamentales, indispensables au fonctionnement des démocraties modernes et des économies avancées, se fragilisent.
Le rôle des écrans apparaît central dans cette évolution. Les usages numériques récréatifs — réseaux sociaux, vidéos courtes, jeux vidéo, scroll infini — fragmentent l’attention, réduisent le temps consacré à la lecture, perturbent le sommeil et diminuent les interactions verbales précoces au sein des familles. Or ces éléments sont décisifs dans le développement du langage, de la mémoire, de l’intelligence émotionnelle et des capacités d’apprentissage. Les études montrent également que les jeunes générations, contrairement aux idées reçues, maîtrisent souvent mal la littératie numérique : distinguer une source fiable d’une manipulation ou exercer un esprit critique face aux informations en ligne devient de plus en plus difficile.
Desmurget critique aussi fortement la numérisation massive des systèmes éducatifs occidentaux. Tablettes, ENT et pédagogies hyper-numériques n’ont pas produit les bénéfices promis ; plusieurs études internationales montrent même des effets négatifs sur les performances scolaires et les capacités de lecture. Les pays asiatiques performants, comme Singapour, le Japon ou la Corée du Sud, ont au contraire maintenu une forte culture des fondamentaux : lecture, mémorisation, discipline de travail et limitation des usages récréatifs des écrans.
Au-delà des enjeux scolaires, les conséquences sont économiques et démocratiques. Une société fondée sur l’innovation et la production de connaissances dépend directement de la qualité de son capital humain. Une baisse durable des capacités cognitives risque d’affaiblir la créativité, la recherche scientifique, la maîtrise technologique et la capacité des citoyens à comprendre des débats complexes.
Pour Michel Desmurget, le problème n’est pas la technologie en elle-même mais un modèle économique fondé sur la captation de l’attention. Les grandes plateformes numériques exploitent les vulnérabilités cognitives des enfants et des adolescents afin de maximiser le temps d’écran. Face à cela, il appelle à des politiques publiques fortes : limitation stricte des smartphones à l’école, encadrement des réseaux sociaux, protection du sommeil et réhabilitation de la lecture et de la transmission culturelle. Car derrière le débat sur les écrans se joue, selon lui, une question fondamentale : celle de la préservation de notre intelligence collective et, finalement, de notre humanité.


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