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Transidentification des mineurs: le rapport des sénateurs LR qui sonne l’alarme




Une dizaine d’unités spécialisées en milieu hospitalier reçoit des jeunes mal à l’aise avec leur puberté et l’affirmation de leur identité sexuée, dont 16% ont moins de 12 ans. Praewphan - stock.adobe.com

DÉCRYPTAGE - Les élus dressent un constat alarmant sur la prise en charge médicale des jeunes en questionnement de genre.

La transidentité des mineurs est au cœur d’un «débat scientifique et médical tendu»: c’est sur cet euphémisme que les sénateurs LR abordent, en préambule de leur rapport, l’épineuse question du changement de sexe chez les enfants. Et leurs conclusions sont peu susceptibles d’apaiser la controverse. Fruit d’un travail de près d’un an, cet épais document que publie la sénatrice du Val-d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio entend montrer la prégnance d’une idéologie «transaffirmative» chez les professionnels de santé qui accompagnent les adolescents mal à l’aise avec leur puberté et l’affirmation de leur identité sexuée. Les auteurs accusent ensuite les associations transactivistes, relayées par des publications influentes sur les réseaux sociaux, d’accélérer le parcours de ces enfants vers une transition de genre.

Dans la foulée du rapport, la droite sénatoriale annonce le dépôt d’une proposition de loi avant l’été pour interdire toute transition médicale en France avant l’âge de 18 ans. Sans attendre les recommandations en cours de rédaction à la Haute Autorité de santé (HAS), le texte veut ainsi empêcher la prescription ou l’administration de bloqueurs de puberté et d’hormones croisées, ainsi que la chirurgie de réassignation sexuelle, aux mineurs pris en charge pour une dysphorie de genre. Le cadre actuel laisse davantage d’autonomie aux médecins.

Les sénateurs LR estiment que le nombre d’enfants qui s’identifient comme trans a explosé en dix ans. Faute de statistiques officielles en France, les auteurs infèrent cette dynamique à partir des études britanniques, suédoises ou américaines: aux États-Unis, le nombre de diagnostics a triplé en cinq ans, pour toucher désormais plus de 40.000 enfants de moins de 17 ans. Chef du service de pédopsychiatrie à la Pitié-Salpêtrière, le Pr David Cohen a indiqué, lors de son audition, recevoir une quarantaine de nouvelles demandes de consultation chaque année. Il existe au moins une dizaine d’unités spécialisées similaires, en milieu hospitalier. 16 % de ses patients mineurs ont moins de 12 ans.

Assistés par la psychologue Céline Masson et la pédopsychiatre Caroline Eliacheff, qui militent pour une approche alternative des troubles du genre chez les enfants, les sénateurs soulignent que la majeure partie des mineurs qui consultent dans des unités spécialisées se voient in fine diagnostiquer une dysphorie de genre, alors même que leur mal-être est plus général et invite à un accompagnement plus large: en termes savants, les professionnels de santé évoquent des «comorbidités». Ainsi le quart des enfants reçus à la Pitié-Salpêtrière pour ces raisons sont des décrocheurs scolaires, 42 % ont été victimes de harcèlement, 61 % ont connu un épisode dépressif. Un sur cinq a même fait une tentative de suicide. Leur prise en charge souffre aussi de l’état de paupérisation de la pédopsychiatrie française, dénoncent les sénateurs.

Surreprésentation des filles

Lors de son audition, le psychiatre et psychanalyste anglais David Bell, auteur en 2018 d’un rapport critique sur la prise en charge des enfants trans dans le système de santé britannique, ajoute qu’un tiers des enfants passés dans sa clinique de Tavistock souffraient même de troubles autistiques. Or selon lui, «l’objectif principal» de la clinique «n’était pas de traiter le malaise psychologique de ces jeunes, mais de les sortir de leur corps». Cet empressement, dénonce-t-il, négligeait plusieurs autres facteurs de mal-être qui auraient dû intéresser davantage le corps médical: des violences intrafamiliales, ou souvent une difficulté à accepter ou exprimer son homosexualité.

Est-ce que ces bloqueurs permettent de temporiser la situation pendant quelques années ou favorisent-ils l’entrée dans un processus de réassignation ? C’est la question centrale qui se pose aujourd’huiJean Chambry

Dans plus de 80 % des cas, les enfants souhaitant effectuer une transition de genre sont des jeunes filles: en France, dans des proportions variées, cette surreprésentation des filles se retrouve aussi dans la patientèle des professionnels de santé auditionnés. Des difficultés persistantes à être perçues comme des «garçons manqués» se muent en un besoin d’assignation précipitée», observe le D Catherine Zittoun, pédopsychiatre à Paris.

«Dans les faits, on constate que la majorité des enfants qui ont pris des bloqueurs de puberté se sont engagés vers une réassignation de genre. Est-ce que ces bloqueurs permettent de temporiser la situation pendant quelques années ou favorisent-ils l’entrée dans un processus de réassignation ? C’est la question centrale qui se pose aujourd’hui», résume le pédopsychiatre parisien Jean Chambry, chef de pôle du centre intersectoriel d’accueil pour adolescent (Ciapa). «La difficulté, c’est que nous manquons de recul», admet-il.

Ce pédopsychiatre a ouvert une des premières consultations en France sur les questions de transidentité pour les mineurs, où il a suivi près de 200 jeunes ces dix dernières années. La voie de l’interdiction totale, proposée par le rapport sénatorial, lui semble «disproportionnée par rapport à la réalité des pratiques qui n’ont pas été banalisées en France comme chez certains de nos voisins». Il suggère plutôt de cadrer strictement leur utilisation. «Les bloqueurs ne devraient être prescrits qu’à des enfants qui débutent leur puberté et manifestent une grande souffrance, des idées suicidaires», dit-il. Soit une solution plus proche de celle qui vient d’être adoptée en Grande-Bretagne, avec des autorisations exceptionnelles, dans le cadre de recherches.

«Un retour en arrière»

«Pas de chirurgie, pas d’hormones»: pour les moins de 16 ans, cette préconisation «fait consensus» chez les soignants en France, estime Jean Chambry. Quid des 16-18 ans? Avant la majorité, des opérations de torsoplastie (ablation des seins et masculinisation du thorax) sont parfois réalisées et des traitements hormonaux de virilisation ou de féminisation prescrits.

«La très grande majorité des patients qui ont eu recours à ces traitements considèrent que cela leur a sauvé la vie. Mais la question du regret se pose dans quelques cas. Là encore, nous manquons de données, car ces regrets n’apparaissent pas tout de suite. Aucune étude ne permet de les chiffrer. Il est donc difficile d’avoir une position tranchée», souligne le pédopsychiatre. L’interdiction des opérations de torsoplastie aux 16-18 ans, demanderait «d’interdire en parallèle d’autres opérations de chirurgie esthétique, comme les implants mammaires avant la majorité», relève-t-il.

«C’est choquant!, s’insurge Clément Moreau, psychologue clinicien et coordonnateur du pôle santé mentale de l’association espace santé Trans, dénonçant «un retour en arrière sur toutes les recommandations internationales des sociétés savantes»«Les pays qui font marche arrière le font pour des raisons idéologiques, avance-t-il. Une approche transaffirmative, en avançant à mesure des besoins des jeunes trans et de leur entourage, en utilisant des bloqueurs si besoin ou des hormones avant la majorité fait baisser le taux de suicidalité, de dépression et d’anxiété.» Selon lui, ce sont les thérapies exploratoires de genre «qui n’ont pas fait leurs preuves» ou peuvent même «être délétères».

«Un retour à la raison»

Au sein du collectif de parents Ypomoni, à l’inverse, «on se félicite de ce retour à la raison»«Il faudrait être encore plus dur un enfant n’est pas en âge de demander à modifier son corps!, s’indigne Maud Vasselle, dont la fille a attendu sa majorité pour se faire opérer, il y a deux ans. Ce sujet ne devrait pas être sur la table, ni à l’école, ni au collège. Interdire l’intervention auprès des élèves d’associations qui ne respectent pas le principe de neutralité? C’est évident, mais cela ne suffit pas: le phénomène a pris une telle ampleur qu’il ne peut pas y avoir une série télé sans personnage trans, même si elle se déroule au Moyen Âge!»

Les médecins n’expliquent pas les conséquences des bloqueurs de puberté. Ma fille ne s’était pas rendu compte que la vie n’allait pas être si facile avec tous ces traitements…Maud Vasselle

«Embrigadée», selon sa mère, par «des associations qui vous poussent à couper les ponts avec votre famille et vous adulent lorsque vous allez jusqu’au bout», l’ado avait commencé, dès 16 ans, à se faire appeler par un prénom de garçon par ses professeurs, «derrière le dos de ses parents». Après, sous la pression de ses nouveaux amis, «ça a été toujours plus»«Il a juste fallu à ma fille l’attestation d’un psychiatre, qu’elle a obtenue après une consultation d’une heure, poursuit Maud Vasselle. Mais les médecins n’expliquent pas les conséquences des bloqueurs de puberté. Ma fille ne s’était pas rendu compte que la vie n’allait pas être si facile avec tous ces traitements… Elle qui était une petite fille brillante est aujourd’hui en échec scolaire. Et elle est loin d’avoir trouvé la solution à son mal-être.»

Pour prouver que le cadre légal actuel n’est pas assez protecteur, les auteurs du rapport insistent enfin sur le difficile parcours des «détransitionneurs», ces enfants qui veulent revenir sur leur parcours de transition médicale. L’une d’elles a témoigné longuement devant les sénateurs: aujourd’hui âgée de 20 ans, elle a trouvé sur internet des réponses à ses troubles, qui l’ont poussée à demander une prescription hormonale et une ablation de la poitrine. Avant de regretter son choix deux ans plus tard. Trop tard: elle ne retrouvera plus ses seins ni sa voix de femme, malgré la suggestion de son pédopsychiatre, qui lui a conseillé une opération de «reconstruction». Mais la jeune femme se dit désireuse d’en finir avec les discours qui l’incitent à changer sans cesse de corps. La juriste Olivia Sarton alerte sur le risque de voir ces regrets aboutir à une multiplication des procédures pénales: aux États-Unis, plus d’une dizaine de procès sont en cours.



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