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  • Photo du rédacteurLa petite Sirène

Tous les mâtins du Monde - Papier n°9

Sur trois jours consécutifs, le quotidien Le Monde nous a gratifié de 3 articles tentant de discréditer le rapport sénatorial prônant l’interdiction, dans le cadre des transitions d’identité de genre,  des traitements hormonaux et des bloqueurs de puberté pour les mineurs. Ce rapport s’appuie sur les témoignages de 67 personnes, parents d’enfants trans, représentants d’associations trans et professionnels de santé, français et étrangers entendus pendant 8 mois. Dans leur grande majorité, ces témoignages corroborent les conclusions de la commission : au calcul d’un rapport bénéfices/risques négatif et selon le principe déontologique du primum non nocere les sénateurs ont logiquement conclu que les traitements hormonaux de blocage de puberté, suivis inexorablement d’une hormonothérapie à vie représentaient un réel danger pour nos enfants. En cela, la France se positionne comme ses voisins finlandais, suédois, norvégiens et britanniques, pays pourtant pionniers en matière de traitement de la « dysphorie du genre » chez les mineurs  et qui, après revue systématique des preuves,  ont désormais fait machine arrière constatant les dégâts massifs et irréversibles engendrés par des pratiques irresponsables


Malgré cela, le journal Le Monde, qui s’auto-érige en parangon de l’objectivité, semble ignorer ces données majoritairement concordantes. Certains pourraient même y voir une forme de malhonnêteté intellectuelle.


Les 3 papiers susmentionnés sont, pour le premier, un billet de la journaliste dite scientifique Lilas Pepy qui ose le titre pompeux : « Mineurs transgenres et hormonothérapie : ce que dit la science » où, malheureusement, cette dernière est plutôt l’Arlésienne de l’article. La journaliste se contente de ne retenir que les données (floues) validant son argumentation idéologique. Il lui aurait été pourtant facile de consulter attentivement l’abondante bibliographie démontrant les incertitudes et les dangers avérés des bloqueurs de puberté (BP) et des hormonothérapies substitutives. Il lui suffisait de piocher dans les nombreuses références incluses dans le rapport sénatorial et fournies par les scientifiques dignes de ce nom. Tout à son instruction à charge, elle a aussi omis les témoignages de la pédiatre Danielle Scotto et de la gynécologue Nicole Athéa qui émettaient de profondes réserves sur l’utilisation des BP. Avec une telle conception du « journalisme scientifique », les portes de la Pravda lui auraient été naguère grandes ouvertes !


Le second papier du Monde est intitulé « Mineurs transgenres : familles et professionnels de santé s’inquiètent de la mise en cause des parcours de soins » et est signé par Mattea Battaglia et Solène Cordier. Il ne reprend que les arguments d’associations favorables à la transition médicamenteuse précoce (pourtant minoritaires mais présentés comme un consensus !) ou d’intervenants à La Pitié-Salpêtrière (dont le contesté et contestable  psychiatre Serge Hefez), seule référence médicale développée d’ailleurs dans le premier article…et que l’on retrouve étrangement comme principaux auteurs du troisième article, une tribune intitulée « Mineurs transgenres : aujourd’hui, la menace d’interdire les transitions médicales et chirurgicales s’intensifie. ». Cette tribune, qui se veut « anti-réactionnaire », est un salmigondis mêlant la Chine, Poutine, Trump…Ne manque que le raton-laveur. Par ailleurs, ces auteurs précisent que le personnel « soignant » de la Pitié-Salpêtrière a accueilli 239 mineurs en consultation pour « dysphorie du genre » avec une moyenne d’âge de 13,9 ans. Nous avons noté que le plus jeune avait 3 ans, âge auquel la capacité d’autodétermination de l’identité sexuelle ne nous paraît pas particulièrement flagrante ! Quelle justification de donner un traitement invalidant à cet âge : le risque suicidaire ? On en doute. Un nouveau scandale sanitaire type Tavistock en perspective en France ? Globalement, ce dernier article représente une diatribe idéologique dont on se demande si les auteurs travaillent dans l’intérêt des enfants  ou pour d’autres intérêts.


Les faits scientifiques ne sont pas de l’ordre du politique. Cependant le politique peut tenter d’instrumentaliser la science au profit de son idéologie, autocratique ou totalitaire. L’exemple du lyssenkisme stalinien n’est pas si vieux.


La puberté est un séisme physiologique, entrainant une cascade de bouleversements hormonaux et somatiques. Son expression psychique est l’adolescence, une étape fondamentale dans le développement de tout être humain, une mise à l’épreuve de l’organisation du psychisme infantile qui peut en révéler les failles, propice à la vulnérabilité, au doute, à l’angoisse face aux transformations de toutes sortes, en particulier dans le domaine des identifications sexuelles (une récente étude publiée dans Archives of Sexual Behavior a montré que si près de 10% des adolescents ont une interrogation sur leur identité sexuelle, ce pourcentage tombe à moins de 0,1% l’âge adulte atteint). Il ne s’agit pas de nier les problèmes d’identification que peuvent rencontrer les adolescents. Comme tout autre phénomène complexe d’expression psychique, ils peuvent se fixer et se figer en symptômes, témoignant souvent d’un ensemble de déterminants individuels, familiaux voire transgénérationnels. On parlera alors d’une hypothèse de trouble de l’identité de genre, souvent associé à d’autres troubles psychiques importants : dépression grave, anorexie, automutilations, troubles du spectre autistique. Cette expression psychique, comme toute autre, se trouvera le plus souvent remaniée, dans une dynamique propre à chaque individu, au cours de l’adolescence. Une psychothérapie et/ou une thérapie familiale pourront, le cas échéant, aider à faire apparaître et délier les conflits sous-jacents.


La décision de bloquer la puberté d’un sujet qui n’a pas, par son jeune âge, « expérimenté » la sexualité sous prétexte que cette découverte future l’angoisse est une décision extrêmement grave que l’on ne peut prendre que si l’on en maîtrise les paramètres médicaux en s’appuyant sur le résultat de recherches scientifiques approfondies, vérifiées et validées. Et dans ce domaine il nous faut rappeler que de nombreuse interrogations scientifiques demeurent, qui devraient inciter à la plus grande prudence. Ce que semblent avoir négligé de faire les auteurs des trois rubriques ou tribunes publiées par Le Monde. Le titre de l’article de Lilas Pepy « ce que dit la science », nous laisse particulièrement perplexes, puisque dans son développement, cette journaliste dite scientifique, pour appuyer son propos sur le rapport bénéfice-risque en faveur du recours aux bloqueurs comme aux hormones,  cite l’Endocrine Society et la WPATH. Or chaque revue systématique en médecine du genre a conclu que les preuves sont de qualité « très faible/faible » et que les bénéfices rapportés par les études sont incertains en raison de la mauvaise conception des études. Cela est vrai même pour la revue systématique de l’Endocrine Society concernant l’effet de l’hormonothérapie sur la santé mentale. Ces organismes reconnaissent également le risque de préjudices, et font malgré tout des recommandations « fortes » pour les mineurs, qu’ils justifient en accordant une plus grande importance à l'apparence du sexe désiré qu'à l'évitement des préjudices. Ce qui apparait déontologiquement plus que douteux. En outre, la WPATH  n’a pas fait de revue systématique sur les mineurs. Sa recommandation (forte) ne repose donc sur aucune preuve, mais sur une « intuition » dont nous ne discuterons pas ici des intérêts économiques sous-jacents ! Rappelons justement que la raison pour laquelle le NHS (National Health Service) anglais n'utilisera plus les bloqueurs de puberté pour la dysphorie de genre est qu’il « n'existe pas suffisamment de preuves de sécurité et d'efficacité clinique ».


Rappelons également que les traitements utilisant des bloqueurs de pubertés reposent sur des protocoles élaborés d'abord en cancérologie (ce sont ces usages qu’analyse principalement la Société d’Endocrinologie) et l'utilisation des agonistes de la Gonadotrophin Releasing Hormone (GnRHa) est très délicate.


Le fonctionnement du système reproducteur chez les humains nécessite une longue maturation et répond à une chronologie rigoureuse. Toute intervention désynchronisante va se traduire par des perturbations de son fonctionnement, dont certaines peuvent être irréversibles, contrairement à ce qui est déclaré par les contributeurs du Monde, et par des conséquences sur d’autres fonctions de l’organisme, le système reproducteur n’étant pas un système « fermé ».


Tous les protocoles validés concernent des adultes ou des enfants dont la puberté a démarré de manière anticipée (le traitement est alors contrôlé et de courte durée). Or, dans le cadre des transitions précoces, le Dutch Protocol préconise l’usage des bloqueurs de puberté vers l’âge de 12 ans et une hormonothérapie croisée dès 14 ans. Soit un asservissement à vie.


L’administration de bloqueurs de puberté type analogues de la GnRH ( ce qui représente une castration chimique) à des enfants n’étant pas encore entrés en puberté et dont l’axe hypothalamo-hypophysaire n’a pas encore atteint sa maturé structurelle et fonctionnelle apparaît dangereuse à plusieurs titres :


Un blocage pré-pubertaire, donc précoce, du fonctionnement de l’axe hypothalamo-hypophysaire ne présage en rien d’une possible réversibilité des systèmes de régulation de la reproduction. La stérilité définitive est une forte probabilité.


Des expérimentations animales ont prouvé que le processus de maturation cérébrale des neurones à GnRH s’effectuait en « partenariat » avec la maturation des neurones environnants. Un blocage précoce de la GnRH induirait ainsi un déficit d’autres neurotransmetteurs essentiels pour le système cognitif, tels que les prostaglandines et le glutamate.


La dopamine, principal neurotransmetteur du « circuit de récompense » est aussi chez les vertébrés un modulateur de la sécrétion de GnRH. Les circuits dopaminergiques sont donc affectés par une inhibition de la GnRH. De ce fait, l’hypothèse d’un « mieux être » qui serait induit par les bloqueurs de puberté semble totalement mise à mal par ces interactions inévitables avec les neuromédiateurs. De nombreuses interrogations demeurent encore sur ces interactions et sur l’impact dans la maturation cérébrale, qui n’est acquise que vers l’âge de 24 ans, soit à la fin de la puberté.


Par ailleurs, comme c’est l’ensemble du circuit de régulation de la reproduction qui est inhibé par ces bloqueurs, il va y avoir des répercussions sur de multiples autres fonctions dépendantes d’une sécrétion normale des hormones stéroïdiennes. Ainsi, l’expérience de l’emploi des bloqueurs de GnRH en cancérologie nous donne un panel d’effets secondaires communs à tous les représentants de la classe des antagonistes ou agonistes de la GnRH tels que : tendances dépressives, bouffées de chaleur, asthénie, prise de poids, perte musculaire, gynécomastie, atrophie testiculaire, impuissance, perte de libido, diminution de la pilosité, nausées, vomissements, céphalées, anémie. Hyperglycémie et diabète.- Ostéoporose.- Risque accrus d'infarctus du myocarde.- Elévation transitoire des ASAT/ALAT. Ils peuvent également provoquer une diminution de la densité minérale osseuse.


Ajoutons à ce tableau, comme le rappelle le cancérologue Jacques Robert, le fait que l’utilisation d’antagonistes des hormones stéroïdiennes puis l’hormonothérapie de substitution qui devra être maintenue à vie sont  des facteurs reconnus par tous les services de cancérologie d’augmentation de risques de méningiomes (par l’usage d’Androcur, un bloqueur des récepteurs des androgènes), de formation d’ovaires polykystiques ou de développement de tumeurs de l’endomètre ou de tumeurs hormonodépendantes (sein, prostate). Sans compter qu’un usage prolongé de stéroïdes va obérer le métabolisme hépatique.


Comme le souligne Laurent Lantieri, chirurgien plasticien auditionné par les sénateurs (mais pas interrogé par Le Monde), La première question à se poser dans une démarche hippocratique est de savoir quel est le diagnostic. Ici, les promoteurs des traitements affirment un diagnostic « trans » comme un état premier. La souffrance générée par l’inadaptation du corps est la pathologie qu’il faut traiter. Or ce corps fonctionne parfaitement, les organes sont sains et fonctionnels. On demande donc à la médecine de modifier un corps sain par des traitements hormonaux et chirurgicaux pour diminuer les souffrances pouvant éventuellement, selon les promoteurs, entraîner des décès par suicide, et « par conséquence » changer de sexe. De manière générale, un traitement n’a que deux finalités : soit il augmente l’espérance de vie, soit il augmente la qualité de vie. Un traitement qui augmente l’espérance de vie peut altérer la qualité de vie, comme par exemple une mastectomie ou un traitement hormonal pour un cancer du sein. On parle ainsi de Quality Adjusted Life Years (QALY) pour l’efficacité du traitement (et son remboursement). Tous les traitements aujourd’hui passent par cette analyse QALY. Mais, à notre connaissance, aucune analyse QALY n’a été menée pour les adultes trans et a fortiori pour les enfants. Les arguments « moins d’idées suicidaires » sont très faibles, et même invalidés par les récentes études, et inconsistants face à la lourdeur des traitements et leurs effets secondaires pérennes. On ne peut se fonder sur de simples « impressions » de soignants ; il est indispensable de se positionner à partir d’évaluations sérieuses, selon des critères et un protocole tel l’Evidence Based Medecine. Ces évaluations se fon à partir d’essais cliniques qui peuvent être des essais randomisés en double aveugle, au mieux, mais qui sont impossible dès qu’il s’agit de traitements qui modifient l’aspect physique ou pour la chirurgie. Mais on peut faire des séries prospectives en fixant a priori les critères à évaluer, et non a posteriori. Ces essais cliniques sont soumis à des Comités de Protection des Personnes. Le consentement de l’enfant doit être recherché et le consentement écrit des titulaires de l’autorité parentale est une obligation.


Au vu de ces données dénuées de toute idéologie mais fondées sur l’expérience, la recherche scientifique… et le bon sens, il est patent que les propositions de vive prudence vis-à-vis des enfants et adolescents émises par la commission du Sénat se doivent d’être appliquées


Tous ces principes sont la base de l’éthique moderne, celle qui est née à Helsinki après Nuremberg. Et contrairement à ce que déclarent les contributeurs du Monde, ne pas les suivre est profondément réactionnaire.


Collectif OPS

Patrick Miller, Magali Pignard, Claudio Rubiliani.


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