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Chris Brönimann sur la détransition, la quête d'identité et la sexualité

  • Photo du rédacteur: La Petite Sirène
    La Petite Sirène
  • 11 juin
  • 8 min de lecture

« Personne ne naît dans le mauvais corps », dit Chris Brönimann.

L'ancienne femme trans qualifie son corps de mémorial.

Sous le nom de Nadia, femme trans, il était connu dans toute la Suisse. Après trente ans, Chris Brönimann vit de nouveau comme un homme et brise un tabou : une sexualité épanouie n'a plus jamais été possible pour lui.


« Ma sexualité a été anéantie », dit Chris Brönimann à propos des conséquences de sa transition vers le genre féminin, il y a trente ans.


Chris Brönimann est assis, jambes écartées, dans le bar Kweer du Niederdorf zurichois. C'est ici qu'il a travaillé autrefois au service, à l'époque en tant que femme trans, sous le nom de Nadia. À côté de lui est posé un grand sac à main en cuir jaune. Cela lui vaut parfois des commentaires stupides : ce sac n'irait pas à un homme. Mais Brönimann ne se laisse plus déstabiliser : il est arrivé à bon port, dit-il. Au fil de la conversation, cet homme de 56 ans dégage la sérénité de quelqu'un qui ne se raconte plus d'histoires.


Monsieur Brönimann, vous avez été pendant près de trente ans la femme trans la plus connue de Suisse. Aujourd'hui, vous vivez de nouveau comme un homme et vous qualifiez votre corps de mémorial. Contre quoi mettez-vous en garde ?

Après seize interventions chirurgicales au total, mon corps porte des traces visibles. Et ce, pour le reste de ma vie. Je suis venu au monde avec un corps masculin parfait et en bonne santé. Mais au lieu d'aborder cette merveille de la nature avec respect, j'ai voulu la corriger. Mon corps mutilé est un mémorial qui rappelle comment la médecine trans franchit des limites.

Ma sexualité physique, intacte, a été anéantie de manière irréversible. Cela a commencé en 1997, à l'âge de 28 ans, d'abord par la prise d'un bloqueur de testostérone. Ce n'est qu'ensuite qu'a suivi le traitement hormonal croisé aux œstrogènes féminins. Cette castration hormonale a entraîné la perte totale de la fonction sexuelle. Puis sont venues les opérations de modification génitale et la construction de ce qu'on appelle un néovagin. Mais celui-ci était, dès le départ, insensible à toute sensation.


La télévision suisse a suivi votre transition à l'époque ; le film « Sex Change » est un document bouleversant, à la limite du soutenable, de votre quête d'identité. Vous y parlez de votre désir d'une relation et vous dites : un homme qui s'engagerait avec vous devrait renoncer au sexe. Avez-vous retrouvé plus tard un accès à votre sexualité ?

Non. La libido est restée durablement altérée, et l'intimité physique était anatomiquement impossible. Avant la première opération, on m'avait promis une sexualité fonctionnelle.

Mais dès la première intervention, des complications sont survenues. Les tentatives de correction ont tout aggravé.

Finalement, même les chirurgiens ont dû admettre que toute l'entreprise avait fatalement échoué.


Dans un texte saisissant que vous avez récemment partagé sur les réseaux sociaux, vous écrivez : « Nous jouons à la roulette russe avec notre intégrité physique. » Cela semble radical.

Personne ne sait comment se termine une chirurgie de réassignation sexuelle. Chaque incision a des répercussions sur le corps et le psychisme. Et cela se passe différemment pour chaque personne. Je suis conscient que mon histoire représente un cas extrême. Je fais partie des personnes concernées qui ont souffert de douleurs permanentes et dont la sexualité a ensuite été complètement détruite.


Mais vous n'excluez pas qu'une transition puisse réussir ?

Chez un petit nombre de personnes trans, la médecine tient sa promesse. Elles témoignent d'une sexualité épanouissante. La plupart des résultats se situent toutefois dans la zone grise entre les deux. Les nouveaux organes génitaux sont moins sensibles, la capacité orgasmique est réduite. Les personnes concernées vivent une intimité amoindrie. Je l'entends si souvent, malgré les progrès que la médecine a réalisés ces 25 dernières années.


« C'est difficile, en tant qu'homme, de montrer des rondeurs » : Brönimann ne veut pourtant plus se faire opérer.


Non. En tant que personne trans, on était un cobaye. Quand je repense à la manière dont on m'a traité après les opérations — on a tout simplement expérimenté. Mais pour être honnête, je dois aussi dire : jeune patient, je ne voulais rien savoir des risques. J'occultais les dangers parce que je croyais à un résultat parfait.


Aujourd'hui, de plus en plus de jeunes s'identifient comme trans, à un âge deux fois moindre que le vôtre à l'époque. Les informe-t-on, avant une réassignation sexuelle, du fait que ces mesures pourraient altérer leur sexualité ?

C'est encore trop peu souligné. Les médecins et les psychologues ne remettent guère en question les autodiagnostics. Ce serait pourtant leur devoir. Ils traitent de jeunes gens qui se trouvent dans une phase vulnérable, en pleine recherche d'eux-mêmes, et qui ont besoin de protection. On aborde aussi rarement ce qui pourrait mal tourner, parce que les données fiables sur les expériences à long terme après une transition font défaut.

Malheureusement, beaucoup de médecins spécialisés dans la transition sont eux-mêmes militants. De plus, les personnes concernées parlent rarement honnêtement de leurs expériences traumatisantes. La honte y joue un rôle important. On a fait tout ce chemin, on a tout idéalisé. Il est douloureux de s'avouer qu'on n'a pas atteint ce qu'on espérait. Ce silence est aussi une forme d'autoprotection.


Avez-vous jamais eu le sentiment d'être né dans le mauvais corps ?

Moi aussi, j'utilisais ces mots, parce que je croyais que se sentir mal dans sa peau signifiait automatiquement être dans le mauvais corps. Mais on n'a qu'un seul corps. Personne ne vient au monde dans le mauvais corps. Quand on a de la chance, on naît dans un corps sain et pleinement fonctionnel. Il serait si important de transmettre aux jeunes en plein désarroi : tu te sens mal à l'aise et en décalage en ce moment, mais ton corps n'est pas faux pour autant. Tu peux penser, ressentir, marcher. Tu n'existes qu'en un seul exemplaire. Tu es parfait.


Vous êtes désormais aussi officiellement redevenu un homme. Vous avez récemment fait confirmer administrativement votre nouveau-ancien sexe. Mais cette fois, vous ne voulez plus de réassignation physique. Pourquoi ?

Bien sûr, il existerait des possibilités médicales, mais ce serait à nouveau une fuite. Il y a trente ans, j'ai essayé de corriger mon déséquilibre intérieur par des moyens chirurgicaux. Cela n'a pas fonctionné. Si je reprenais aujourd'hui le même chemin dans l'illusion d'en devenir plus heureux, ce serait en totale contradiction avec la lucidité que j'ai acquise au fil des années.

Je n'ai jamais compris pourquoi certaines personnes trans veulent effacer tout leur passé — jusqu'au prénom, ce qu'on appelle le « deadname », qu'on n'a plus le droit de prononcer. Nadia a existé pendant 30 ans. Elle a vécu de belles choses et des choses tristes, et beaucoup était sans doute, avec le recul, irrationnel ou irréfléchi. Je veux néanmoins traiter mon moi passé avec respect et estime.

Il y a aussi ce regret : « Le jeune homme d'alors était bien, tel qu'il était. »


Est-ce toujours facile, ou êtes-vous encore en conflit avec votre corps ?

C'est difficile, en tant qu'homme, de montrer des rondeurs féminines. Je dois avoir la force de me dire : ce corps m'appartient. Il porte les traces de mon voyage, avec toutes ses blessures visibles et invisibles. Mais cette réalité soulève des questions existentielles. Et si un jour je voulais à nouveau m'engager dans une relation de couple ?

Une relation saine suppose d'avoir mis de l'ordre dans sa propre vie et de savoir où l'on en est. Chez moi, trop de choses sont encore en plein bouleversement.


Vous êtes homosexuel. Beaucoup de gays et de lesbiennes critiquent le fait que de jeunes personnes trans refouleraient leur orientation homosexuelle. Était-ce votre cas ?

Non. Je vivais bel et bien mon homosexualité à l'époque. Mais je me rejetais en tant que personne et je croyais ne pas être digne d'être aimé. Je ne savais pas que ce jeune homme était bien tel qu'il était. C'était un type enjoué, cool, qu'on aurait pu apprécier.

Oui, et je vois les choses de la même manière. Je connais des gens pour qui leur homosexualité représentait un problème avant la transition. J'accompagne un homme de 21 ans qui s'est décidé pour une réassignation sexuelle pour cette raison. Quand on emprunte le chemin de la transition, on empêche une possible maturation de l'homosexualité. Derrière cela se cache, en fin de compte, de l'homophobie.


Il n'existe pas de chiffres fiables sur le nombre de personnes qui regrettent leur réassignation sexuelle et veulent revenir en arrière. On parle de moins de 1 % jusqu'à plus de 10 %.

Le chiffre n'est en tout cas sans doute pas aussi négligeable que le prétendent les militants trans. Une médecin m'a dit que j'avais trois ans d'avance sur mon temps. Elle s'attend, dans les prochaines années, à une vague de personnes regrettant leur décision. Ce n'est qu'alors qu'apparaîtront les conséquences de l'actuelle forte hausse des diagnostics transgenres. Il faudrait aborder la question d'un éventuel regret ultérieur dès la phase d'évaluation.


Un jeune qui s'identifie comme trans ne veut pas entendre qu'il pourrait se tromper. Il voit alors toute son identité remise en question. Cela servirait-il vraiment à quelque chose ?

Pour moi, cela fait partie d'une information responsable. Les jeunes doivent être conscients que leurs actes ont des conséquences irréversibles. Il faudrait les prendre par la main et réfléchir ensemble à ce qu'une telle décision signifie. La médecine investit beaucoup dans la transition. Mais celui qui veut interrompre ce chemin ou revenir en arrière se heurte au désintérêt.


Aux yeux des militants trans, les gens comme vous commettent une trahison. Quelles réactions recevez-vous ?

À côté de beaucoup de soutien et d'encouragements, je ressens beaucoup de haine. Tantôt je suis d'extrême droite, tantôt un fondamentaliste religieux. Je ne comprends pas qu'on nous traite, nous les personnes détrans, avec une telle hostilité, comme si nous enlevions quelque chose à quelqu'un. Alors qu'avec nos expériences, nous pourrions contribuer à de meilleures transitions et à moins d'erreurs de traitement. Ce qui m'importe, c'est une évaluation rigoureuse qui distingue avec précision : s'agit-il d'une transidentité fondée, ou n'est-elle que le symptôme d'une cause plus profonde ? Si le diagnostic révèle une autre souffrance psychique, il faut un traitement qui s'attaque précisément à celle-ci — et non le scalpel du chirurgien ou des hormones du sexe opposé. Tout le monde y gagne quand on échange ses expériences, qu'on s'écoute et qu'on se parle.


Il y a trente ans, vous avez été attaqué par la droite parce que votre réassignation sexuelle avait déjà coûté, à un certain moment, 50 000 francs — payés par l'assurance maladie. Vous le reproche-t-on d'autant plus aujourd'hui que tout cela a été vain ?

La question des coûts est une aubaine pour ceux qui partent en croisade contre tout ce qui touche au transgenre. Je peux comprendre la critique. C'est le contribuable qui supporte une partie des coûts d'une transition via ses cotisations d'assurance maladie. Mais souvent, cela dégénère en haine et en mépris qui vont bien au-delà de cette critique. D'ailleurs, je ne recours aujourd'hui à aucune opération corrective. En cas de détransition, les caisses maladie ne prennent de toute façon pas les coûts en charge.

En ce moment, je souffre surtout de symptômes de ménopause, dans laquelle j'ai été catapulté en l'espace de deux mois, depuis que j'ai fortement réduit la prise d'hormones sexuelles féminines. Je dors mal et j'ai des douleurs musculaires. Alléluia ! J'essaie de le prendre avec humour.


Y a-t-il eu un moment où vous avez regretté le retour à votre sexe d'origine ?

Non. Le sol sous mes pieds n'a jamais été aussi stable qu'aujourd'hui. Pendant de nombreuses années, j'ai traité mon corps avec négligence. Je l'ai massivement surmené, lui et mon âme. Si je regrette quelque chose, c'est bien cela. Il m'a fallu cinq ans pour oser le pas du retour vers ma masculinité. Maintenant, je le sens : mon corps me reste fidèle. Il me redonne un foyer. Je ne veux plus le malmener ; je suis simplement reconnaissant d'être enfin arrivé.


[Biographie] Il est né en 1969 en Allemagne et a été confié peu après à des parents adoptifs en Suisse. Il a grandi dans le canton d'Appenzell.

En 1997, Christian, comme il s'appelait alors, décida d'une réassignation sexuelle vers le genre féminin : Nadia. La transition fut suivie par les médias et fit sensation bien au-delà des frontières du pays. Aujourd'hui, Brönimann vit de nouveau comme un homme. Il conseille des écoles et des parents sur les questions trans et d'identité de genre.

1 commentaire


Veronika Lot
Veronika Lot
15 juin

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